image du film.L'HOMME DES ROUBINES

Année : 2000. Durée : 55'

Fiche technique :
Réalisation, scénario, image : Gérard Courant.
Son, mixage : Jean-Daniel Bécache.
Montage : Élisabeth Moulinier.
Interprétation : Luc Moullet, Jean Abeillé, l’ombre de Gérard Courant.
Conformation : Eugène Leahu.
Moyens techniques :
Aqui TV, Jakaranda, Perfect.
Production : Jakaranda (Joël-Ange Kieffer, Philippe Djivas), Aqui TV, Centre National de la Cinématographie.
Distribution : Les Amis de Cinématon.
Tournage : août 2000 dans les Alpes du Sud (France) : Ocrière de Bouvenne, Ribiers, Laragne, Eyguians, Digne-les-Bains, Barret-le-Bas, La Robine, Castellane, gorges de Trévans, Saint Cyrice, les Ribettes à Salérans, Bayons, Draix, Heyre, les Tourniquets, col d’Espréaux, Rougnouse, Majastre, Les Eaux Chaudes, Col de Corobin, Sentier des Bans, Mariaud, Cadières de Brandis, Signal de Lure.
Format de tournage : Vidéo DVcam.
Format de diffusion : Vidéo Beta SP.
Procédé : Couleur.
Cadre : 4/3.
Collection publique :
BNF (Bibliothèque Nationale de France), Paris (France).
Cinémathèque de Bourgogne-Jean Douchet, Dijon (France).
Images de la Culture, Centre National de la Cinématographie, Paris (France).
Première présentation publique :
27 septembre 2000, Télévision Aqui TV (France).
Principales diffusions et manifestations :
Télévision Aqui TV (France) 2000.
Musée d’art moderne et d’art contemporain, Strasbourg (France) 2001.
Cinémathèque Française, Paris (France) 2001.
Festival Côté Court, Pantin (France) 2001.
MIP TV, Cannes (France) 2001.
Télévision Zaléa TV (France) 2001.
Cinéma La Clé, Paris (France) 2002.
Centre Culturel Pierre Gassendi, Digne-les-Bains (France) 2002.
Cinéma MK2 Beaubourg, Paris (France) 2002.
Festival l’Essai au cinéma, Pantin (France) 2005.
Festival Histoires d'en rire, Paris (France) 2007.
Centre Pompidou, Paris (France) 2009.
L'Été du livre, Metz (France) 2009.
Rencontres cinématographiques, Manosque (France) 2011.
Centro Cultural Banco do Brasil, Sao Paulo (Brésil) 2011.
Centro Cultural Banco do Brasil, Rio de Janeiro (Brésil) 2011.
Centro Cultural Banco do Brasil, Brasilia (Brésil) 2011.
Gulf Film Festival, Dubaï (Émirats Arabes Unis) 2011.
Le Consortium, Dijon (France), 2011.
Prix, récompense : Grands éclats de rire de l'année à Luc Moullet pour sa performance dans L'Homme des roubines de Gérard Courant (Bilan 2009, Dr Orlof, blog du Dr Orlof, 1er janvier 2010).
Sortie : Cinéma MK2 Beaubourg à Paris (France), 17 juillet 2002.
Sortie DVD : Blaq Out, Paris (France), 7 septembre 2006.

Présentation >>>

FRANÇAIS

L'Homme des roubines est un film sur le cinéaste Luc Moullet. Depuis ses débuts cinématographiques, en 1960, Luc Moullet n’a jamais cessé de tourner ses films dans les décors arides, sauvages et splendides de sa région d’origine : les Alpes du Sud.

Le cinéaste nous guide dans les décors de ses films et nous parle de son art, qui est un cinéma du burlesque dont le ferment est l’autobiographie.



ENGLISH I

L’Homme des roubines is a larger-than-life portrait of Luc Moullet.

It takes us through the Southern Alps, the stunning, wild and arid settings of his films and looks at the burlesque and autobiographically inspired films he makes.



ENGLISH II

A film about the filmmaker Luc Moullet. The director guides us through the sets of his movies wild and beautiful in its region of origin : the Southern Alps and talks about his art.





POURQUOI J'AI CONÇU UN FILM SUR LUC MOULLET ?

Parce que faire un film sur Luc Moullet, c'est faire un film avec Luc Moullet tant ses talents d'acteur sont énormes, insoupçonnés et inséparables de ses qualités de cinéaste.

Parce qu'il a joué dans les films de cinéastes au talent rare, tels Marie-Christine Questerbert et Jean-Daniel Pollet.

Parce qu'il est le dernier cinéaste burlesque.

Parce qu'il est le dernier cinéaste de genre du cinéma français. À part la science-fiction, il a pratiqué tous les genres (fiction, documentaire, autobiographie, comédie, burlesque, film à costumes, film institutionnel, policier, western, cinéma-vérité, film politique, film de femme, téléfilm, etc.)

Parce qu'il cultive la dérision sans que celle-ci ne soit jamais franche, d'où l'existence, dans son cinéma, d'un va-et-vient perpétuel entre le sérieux et le rire, le vrai et le faux, la réalité et sa reproduction, le cinéma et la vie.

Parce qu'il est le dernier cinéaste français à avoir réalisé un western (Une aventure de Billy le Kid, en 1970).

Parce qu'il est le seul cinéaste(1) à avoir su filmer assidûment les roubines(2).

Parce qu'il est le seul cinéaste à filmer régulièrement les Alpes du Sud.

Parce qu'il est un grand cinéphile (ce dont témoignent ses films Brigitte et Brigitte et Les Sièges de l'Alcazar).

Parce qu'il a tourné sept films avec l'immense et incroyable Jean Abeillé.

Parce qu'il est le dernier cinéaste de long métrage à revenir régulièrement au court métrage.

Parce qu'il pratique un art de l'autobiographie bien à lui et rejoint ainsi la galaxie des Steve Dwoskin, Jonas Mekas, Joseph Morder, Nanni Moretti, Boris Lehman, Woody Allen.

Parce qu'il est le plus grand (h)auteur du cinéma français (il fut un temps où sa maison de production, située dans un village des Hautes-Alpes, était la plus élevée de France).

Parce qu'il a reçu le prix Jean Vigo (pour La Comédie du travail).

Parce qu'il a produit Nathalie Granger, l'un des meilleurs films de Marguerite Duras.

Parce qu'il a réalisé Parpaillon, le seul film de fiction consacré au cyclotourisme et aux cyclotouristes.

Parce qu'il a produit et interprété ce chef d'oeuvre d'humour noir, Le Cabot de Jean-Pierre Letellier.

Parce qu'il a fait tourner le grand Samuel Fuller (dans Brigitte et Brigitte)

Parce qu'il a réussi la prouesse rare d'avoir fait jouer l'invisible Éric Rohmer (toujours dans Brigitte).

Parce que ses films sont toujours à la limite de la fiction et du documentaire.

Parce que son cinéma manie l'art subtil et délicat du commentaire qu'il ne cesse de décaler avec l'image.

Parce que le budget de l'ensemble de ses films ne représente même pas le budget moyen d'un long métrage français.

Parce qu'il a fait le meilleur film avec Jean-Pierre Léaud (Une aventure de Billy le Kid).

Parce qu'il est un grand marcheur.

Parce qu'il est un grand cyclo dévoreur de cols (Alpes, Montagnes Rocheuses, Cordillère des Andes).

Parce qu'il a choisi Digne – aujourd'hui, Digne-les-Bains – comme capitale de la France.


(Gérard Courant)





(1) Avec Erich Von Stroheim, Nicholas Ray et Marie-Christine Questerbert. Mais ces cinéastes ont filmé les roubines dans un seul film alors que Moullet les a mis en scène dans près d'une dizaine.

(2) « Les roubines existent surtout dans les Alpes du Sud. Elles sont un élément fondamental de mes films et apparaissent dans Terres noires, Les Contrebandières et Une aventure de Billy le Kid. Dans la roubine, il y a deux éléments : la montagne et le désert. C'est un espace théâtral sans problèmes. C'est un paysage assez malléable où l'on peut « jeter » des acteurs, faire un peu ce que l'on veut. C'est aussi un paysage sexuel : c'est creux, plein... C'est le théâtre sans problème d'éclairage. C'est un lieu où l'on peut tout faire. C'est à la fois un élément de décor et un microcosme. On ne découvre jamais l'échelle et c'est bien pour établir des rapports de distanciation. On ne sait jamais si on est dans l'infiniment petit ou l'infiniment grand ». Propos recueillis par Gérard Courant en janvier 1979, Cinéma 80, n° 255, mars 1980.

Critique >>>

HILARANT

Un formidable et hilarant portrait de Luc Moullet filmé par Gérard Courant.

(Jean-François Rauger, Le Monde, 28 mars 2001)



UNE SENTENCE DÉLIRANTE

Le principe sériel se retrouve jusque dans ses films de long métrage, en particulier L’Homme des Roubines (2000), truculent portrait (encore) de Luc Moullet, qui y passe en revue tous ses lieux de tournage dans les Alpes du Sud. C’est, à chaque fois, l’occasion de délivrer une anecdote ou d’une sentence délirante.

(Sébastien Bénédict, Les Cahiers du Cinéma, n° 573, novembre 2002)



PATAPHYSIQUE

Les bonus. Ils sont remplacés par un documentaire de Gérard Courant consacré à son ami Luc Moullet, L'Homme des roubines, dans lequel le cinéaste, en vadrouille sur ses lieux de tournage, donne libre cours à son goût des anecdotes invraisemblables, aphorismes et théories pataphysiques sur le cinéma et le reste.

(Olivier Père, Les Inrockuptibles, 12 septembre 2006)



FACÉTIES ACROBATIQUES

L’Homme des roubines est un portrait in situ, filmé dans les Alpes du Sud, ce Finistère noir où Moullet tourne, réside et dont il s’inspire. Goguenard et assez fier des facéties acrobatiques qui ont rythmé plusieurs tournages au beau milieu d’un environnement indompté, ce vélocipédiste confirmé soutient que : « le vélo, c’est la culture. La voiture, c’est la barbarie ». On ne saurait lui donner tort.

(Julien Welter, Arte, octobre 2006)



TRUCULENT

Un portrait truculent de Moullet par Gérard Courant.

(Jean-Luc Douin, Le Monde, 13 octobre 2006)



DÉROUTANT ET FARFELU

Pour prendre toute la mesure de la part déroutante et totalement farfelue du personnage de Luc Moullet, qui, comme tout bon cinéaste, fait totalement corps avec ses films, un conseil : commencer la vision de ce coffret par L’Homme des roubines. Un documentaire qui a dû coûter 40 euros tout au plus, dans lequel Luc Moullet nous traîne sur différents lieux qui ont compté dans sa vie (personnelle et professionnelle, tout se mélange). Avec sa diction si particulière qui pourrait s’apparenter à celle d’un speaker des actualités Gaumont des années 30, affublé d’un bec de lièvre, Moullet nous livre sans avoir l’air d’y toucher les clés pour comprendre son cinéma.
(...) Son credo pourrait être : "Je n'ai pas d'argent, mais j'ai des idées". Dans L'Homme des roubines, il explique qu'il a gardé dans son travail le côté radin et avare de ses ancêtres. Et que cela devient même un jeu : essayer de tourner le plus vite possible, de monter le plus vite possible, de faire le moins de prises possibles, de faire la post-synchro le plus vite possible, afin que cela coûte le moins d'argent possible. Résultat : des films "cheap", mais bigrement bigarrés et vivants.

(Julien Pichené, site Kinok, 2006)



SIMPLE, HILARANT ET... SÉRIEUX

Bref, pourquoi s’imposer le système métrique quand le pouce ou le pied, le coup de pédale ou le bout de ficelle suffisent à mesurer les distances abyssales. Ou alors se servir de ce système, comme pour L’Homme des roubines (2000) que réalise avec intelligence Gérard Courant, en expansion de ses Cinématons, dans le pays natal de Moullet, donc le cadre naturel des Alpes du Sud qui a vu son enfance et dans lequel il aime se ressourcer et surtout tourner ses films. À ce portrait autobiographique, il fallait une montée dramatique. Elle se fera en ascension. Les souvenirs de chacun des lieux évoqués reviennent en ordre gradué, altitude par altitude. Il y aura ceux des 200 mètres puis des 300, pour terminer par le plus haut, vers les 1500 mètres. Ça vaut bien des constructions scénaristiques alambiquées et savantes. Et, en plus, c’est simple et hilarant, et finalement sérieux.

(Jean Douchet, Les Cahiers du cinéma, novembre 2006)



COURTELINE REVU PAR BRECHT

Moullet, c’est Courteline revu par Brecht.

(Jean-Luc Godard).



LA FOLIE DE MOULLET

Dans L'Homme des roubines" que Gérard Courant lui a consacré (2000), Luc Moullet, le cinéaste le plus drôle de la poste-Nouvelle Vague, évoquait déjà la folie de sa famille et sa crainte d'en avoir hérité.

(J.-B. M., Les Inrockuptibles, mai 2009).



LES FOLLES AVENTURES DE LUC MOULLET

Luc Moullet ajoute encore en citant l'un des plus grands cinéastes classiques hollywoodiens, Ernst Lubischt, que "la meilleure chose pour apprendre à filmer des acteurs, c'est de filmer des montagnes". L'Homme des roubines réalisé par l'ami Gérard Courant en 2000 sera logiquement un portrait filmé dans les Alpes de Haute Provence où justement Luc Moullet est né en 1937 (il y tourne la plupart de ses films, y réside et y puise la fraîche vigueur de son inspiration). Et ce dernier en y racontant les folles aventures qu'ont été plusieurs de ses tournages anticipe sur ce que, est pour le moment sont dernier long métrage en date (en attendant Le Prestige de la mort prévu pour le début de l'année 2007), Les Naufragés de la D 17 (2002), sorte de résumé virtuose et généreux de toute l'oeuvre.

(Saab Chakali, Cahiers du cinéma, n° 620, février 2007)



COMMENT ÉCHAPPER À LA FOLIE ?

Même si l'oeuvre de Luc Moullet me laisse souvent... perplexe, son portrait m'a tout à fait intéressé. D'ailleurs, la façon que Moullet a de rentrer dans sa maison par la fenêtre (au lieu d'utiliser la porte) est bien à l'image de son oeuvre. Sans doute, suis-je plus sensible aux oeuvres qui cherchent plutôt le centrage et l'unité qu'aux oeuvres basées sur le décalage mais l'homme ne me laisse pas indifférent, loin de là... Le choix de "caler" son portrait par rapport aux sommets géographiques (de plus en plus haut) qui ont jalonné son travail est judicieux car il évoque chez moi les tentatives d'échapper à la folie (pour ne pas terminer chez "psychiatre" !) dans une volonté inconsciente de transcendance qu'évoquent toutes ces montagnes. La transcendance, le "grimpé" pour échapper à ce que l'immanence et la névrose familiale (donc du bas de la vallée !) n'a pas permis chez "Moullet et Co" ... Voilà un peu, me semble-t-il, la raison (cachée ?) de tes choix de réalisation !

(Philippe Leclert, 2009)



EXCELLENT L'HOMME DES ROUBINES

Included in the retrospective were several films on the filmmaker, including Gérard Courant's excellent L'Homme des roubines. Courant's film focuses on the geographical area in the Southern Alps that has played such a large part in Moullet's filmography from his second film, to his most recent, La Terre de la folie (2009), and is a veritable stage set for his films. Courant's documentary is punctuated by the marvellous comic actor Jean Abeillé, reading off the various summits that appear in Moullet's films. Moullet himself likens the "roubines", an undulating landscape with crumbing rock, to the American Badlands in South Dakota. This area is to Moullet what Monument Valley was to John Ford.

(Sally Shafto, Senses of Cinema, #51, 9 july, 2009)



POLITIQUE DES HAUTEURS

Savez-vous comment un cinéaste peut savoir s’il a tourné une fiction ou un documentaire ? Tout simplement en montant sur une balance ! S’il a perdu du poids pendant le tournage, c’est qu’il a réalisé une fiction (qui nécessite beaucoup de travail, notamment avec les acteurs) alors que s’il a grossi, c’est qu’il a tourné un documentaire qui permet « de ne rien foutre » !

Il n’y a qu’un homme au monde pour asséner avec un tel aplomb une sentence pareille et vous l’avez reconnu : c’est notre cher Luc Moullet à qui Gérard Courant a consacré un savoureux portrait en 2000 : L’homme des Roubines.

Le principe est simple : Courant filme Moullet nous guidant dans les décors naturels de ses chères Alpes du sud où il tourna un certain nombre de ses films (les contrebandières, Une aventure de Billy le Kid…). Chaque étape de l’ascension est annoncée par la voix unique du comédien Jean Abeillé.

Le résultat est un portrait aussi drôle qu’intelligent d’un cinéaste unique qui se dévoile plus qu’il en a l’air malgré son goût prononcé pour la dérision. Comme pour Le journal de Joseph M, la réussite du film tient à la manière dont Gérard Courant parvient à trouver un équilibre entre une forme qui épouse totalement les contours de la personnalité filmée et sa propre touche personnelle.

Il y a d’abord Moullet qui revisite les lieux qu’il connaît si bien, qui évoque avec une drôlerie qui n’appartient qu’à lui ses problèmes avec le fisc, sa crainte de devenir fou (puisqu’il y eut visiblement beaucoup de fous dans sa famille. J’aime beaucoup le moment où il se dit satisfait de ne pas avoir égorgé sa femme et violé sa fille tout en estimant qu’il est peut-être trop optimiste et que cela peut encore arriver !) et ses incroyables combines pour trouver de l’argent lorsque celui-ci ne lui tombe pas du ciel (je vous laisse découvrir cette incroyable histoire d’homonymie qui lui permit de financer un film) . Il faut aussi absolument voir Moullet expliquer comment il a installé le siège de sa maison de production dans un village totalement désertique des Alpes et avouer sa fierté d’avoir été le producteur le plus élevé de France. Il le résume d’une manière imparable : « je pratique la politique des hauteurs » !

Ceux qui ont eu la chance de lire son livre d’entretiens Notre alpin quotidien (si vous ne l’avez pas encore fait, je vous le recommande vigoureusement) retrouverons le sens de l’anecdote absurde ou décalée qui fait le sel des propos de Moullet, capable de passer sans la moindre transition du coq à l’âne, d’une citation de Lubitsch à une comparaison entre les roubines et les terrils du Nord en passant par des considérations sur le vélo et l’automobile (« si tous ceux qui ont une automobile ne sont pas crétins, tous les crétins ont une automobile », « l’automobile, c’est la barbarie »).

Ce qu’il y a de passionnant dans l’homme des roubines, c’est que ce portrait rejoint aussi les préoccupations constantes de Courant sur le vrai et le faux. Car derrière son humour décalé, Moullet se dévoile également et évoque ses origines, son rapport à sa famille et sa manière d’envisager le cinéma. On voit alors ce qui a pu séduire le réalisateur de Cinématon : une cinéphilie et un sens de l’humour qu’ils partagent, une volonté de faire du cinéma à tous prix, loin des contraintes économiques en expérimentant tous les genres (documentaires, fictions, films de genre…) et toutes les formes (courts ou longs métrages).

Le résultat est un véritable film à « deux mains » : à la fois un film de Moullet (dès qu’il apparaît quelque part, cet homme nous projette dans son univers) et un film de Courant.

Bref, une formidable réussite…

(Dr Orlof, Le blog du Dr Orlof, 22 décembre 2009)



UN COUPLE INFERNAL

Le couple Luc Moullet et Gérard Courant, c'est le couple infernal de l'histoire du cinéma.

(Alain Jalladeau, extrait de Danse de glace de Gérard Courant, 2010)



L'HUMOUR FOU DE LUC MOULLET

Dans L’Homme des roubines de Gérard Courant, Luc Moullet explique qu'il a eu beaucoup de fous dans sa famille et qu'il est hanté par la crainte d'être atteint à son tour par cette folie (souvent héréditaire). De manière assez drôle, il explique qu'il a atteint son âge sans assassiner sa femme ni violer sa fille, ce dont il se réjouit même s'il précise qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver.


J'adore l'humour "fou" et décalé de Luc Moullet...

(Dr Orlof, Le Blog de Dasola, 31 janvier 2010)



UNE PARTIE DE MOI

Mélanie Dacheville : En lancement du festival (N.B. : les Rencontres cinéma de Manosque), le film L’Homme des roubines de Gérard Courant sera diffusé. Vous retrouvez-vous dans ce portrait ?

Luc Moullet : Les Roubines sont une thématique visuelle majeure de mes films. Ce portrait reprend donc une partie de moi.

(Mélanie Dacheville, Haute-Provence info, 28 janvier 2011)



UNE SAVOUREUSE VISITE GUIDÉE DES ALPES DU SUD

Luc Moullet affectionne tous les côtés de la caméra et s’est volontiers prêté à celle de Gérard Courant, réalisateur, producteur indépendant, écrivain, acteur, poète. Le public a ainsi parcouru sur les ressorts d’un esprit vif et pince sans rire, les hauts lieux de Luc Moullet : Ribiers, Laragne, Digne, Barret-le-Bas, La Robine, Castellane, les gorges de Trévans, Bayons, le signal de Lure, Rougnouse, Majastre et autres Saint Cyrice… où Gérard Courant filme « l’art délicat du commentaire décalé ». Comme le voyageur immobile en Provence des Grèce et des Sibérie, dans les lieux les plus reculés des Basses et Hautes Alpes, Moullet, épris des paysages nus des roubines, de leurs reliefs sans fard, trouve à ses pieds, le monde entier. Entre anecdotes, traits d’humour et images d’archives, le public des Rencontres a suivi une savoureuse visite guidée, à la découverte des Alpes du Sud aux yeux de Luc Moullet.

(Nadia Ventre, La Marseillaise, 3 février 2011)



LE COURANT PASSE AVEC L’HOMME DES ROUBINES

« C’était très bien et très marrant », voilà ce qu’on pouvait entendre de la bouche des spectateurs après les applaudissements à la fin de la projection de L’Homme des roubines, premier film diffusé à Manosque pour les Rencontres Cinéma. Ils étaient plus de 200 au théâtre Jean Le Bleu pour visionner le film de Gérard Courant, mardi dernier à 18 h. Un portrait pétillant du réalisateur Luc Moullet, offrant des paysages magnifiques des Alpes du Sud et des anecdotes croustillantes. De la première à la dernière minute, les rires étaient au rendez-vous dans le public. « Ce fut un bonheur de faire ce film avec Luc car c’est un grand acteur et un grand cinéaste. Quand on met une caméra devant lui, on est sûr qu’il se passe quelque chose », explique Gérard Courant. Mais ce portrait, c’est également la découverte d’une région et de ses lieux. « J’avais envie de vous présenter ce film car ce sont les décors de l’enfance de Luc, mais ce sont également nos lieux » confie Pascal Privet, programmateur du festival. Et « les lieux, c’est quelque chose de primordial dans le cinéma » souligne Luc Moullet. Cette première journée des Rencontres Cinéma a donc ravi les amateurs de 7e art avec L’Homme des roubines comme séance d’ouverture, suivi d’une discussion entre le public et les cinéastes.

(Adrien Chevrier, Haute-Provence Info, 4 février 2011)



UN PORTRAIT PASSIONNANT, DRÔLE ET MALIN

L'homme des roubines est le portrait d'un peu moins d'une heure que consacra en 2000 Gérard Courant à son ami Luc Moullet, génial cinéaste cinéphile et touche-à-tout. Moullet est un personnage totalement atypique, d'une intelligence et d'une drôlerie qui n'appartiennent qu'à lui, et le film parvient à retranscrire formellement cette personnalité à part. Il s'organise en une succession de séquences où Moullet part sur les traces de son histoire familiale et de ses films dans les paysages des Alpes du Sud où il a grandi et beaucoup tourné (le terme « roubines » désigne d'ailleurs des terres noires fortement érodées que l'on trouve dans cette région). Ce coq-à-l'âne permanent est particulièrement agréable et fécond.

Le réalisateur d'Une aventure de Billy le Kid délivre ici à la pelle d'inoubliables sentences absurdes, des aphorismes délirants, des anecdotes invraisemblables, des monologues pataphysiques sur la vie et sur le cinéma. Son humour pince-sans-rire fait mouche à chaque fois : impossible de ne pas rire quand, par exemple, il évoque avec flegme la scatophilie de sa grand-mère ! En même temps, ce que raconte Luc Moullet n'est jamais dénué de profondeur, de subtilité et parfois d'une certaine inquiétude, comme lorsqu'il parle de sa crainte de sombrer dans la folie, étant donné la proportion importante de fous dans sa famille – sujet apparemment sensible qu'il exploite dans son délicieux documentaire de 2009, La terre de la folie.

Avec L'homme des roubines, Gérard Courant réalise un film sur Luc Moullet et avec Luc Moullet. Les placements et déplacements de Moullet dans les espaces qu'il nous fait parcourir sont eux-mêmes sources de gags ou d'effets incongrus, qui rappellent qu'il est également un cinéaste et acteur burlesque (l'un des rares du cinéma français). Nous sommes littéralement invités à prendre place dans l'univers absurde de Luc Moullet, que Courant nous rend parfaitement accessible. On repère une probable communauté d'esprit entre les deux hommes, ce qui fait de L'homme des roubines un véritable « film à deux ». Un portrait passionnant, drôle et malin.

(Anna Marmiesse, Le ciné d'Anna, 9 février 2011)



LE GÉOPOÈTE DU BURLESQUE EN SON TERROIR BAS-ALPIN

Au sein d’une programmation (N.B. : des Rencontres de Manosque) qui sera marquée par la projection de La Terre de la folie (2009) de Luc Moullet le vendredi 4, il n’y avait sans doute pas mieux pour débuter que de proposer L’Homme des roubines (2000) réalisé par Gérard Courant. Il s’agit d’un impayable traité moulletien inscrivant le géopoète du burlesque en son terroir bas-alpin d’élection. Puisque Luc Moullet n’a pas besoin de se forcer pour être drôle, sa simple présence dans le cadre vaut et fait film. Partant du point le plus bas, la dynamique du récit se situe dans le sens d’une ascension vers les hauts lieux du cinéaste. En 21 chapitres, on finit par atteindre plus de 1800 mètres, et l’on aura notamment appris que Digne (17 269 habitants), New York (8 391 881) et Majastres (9) sont les trois localités préférées de Moullet. L’Homme des roubines fait cohabiter intime, anecdotes de tournages et vade mecum d’un cinéaste flibustier. Ce dernier installant par exemple le siège social de sa société de production dans des villages abandonnés ayant le grand avantage d’être dépourvu de patente ou de taxe professionnelle. Il fallait y penser. Sorte d’équivalent filmique de l’ouvrage Notre Alpin quotidien − entretien avec Emmanuel Burdeau et Jean Narboni filmé par André S. Labarthe, donnant lieu à un épisode de la série Cinéastes de notre temps −, le film de Gérard Courant fait mieux que poser son homme, il l’ancre dans son antre bas-alpine et ouvre la route pour La Terre de la folie.

(Sarah Elkaïm & Arnaud Hée, Critikat.com, 2011)



L'HOMME DES ROUBINES NOUS SÉDUIT PARCE QU'IL PART DU CONCRET ET NON DE LA THÉORIE

Une personnalité se retrouve à la fois dans 2000 Cinématons et Chambéry-Les Arcs, il s'agit du cinéaste Luc Moullet. En 2000, Gérard Courant lui a consacré un portrait d'une petite heure, titré L'homme des roubines. Une roubine est une formation géologique très particulière que l'on trouve notamment dans le sud-est de la France et c'est là que Moullet est filmé, sur les lieux de son enfance qu'il ne quitte jamais vraiment, y situant même l'action de plusieurs de ses films (essentiellement ceux de ses débuts, comme Les Contrebandières, Terres Noires et Une aventure de Billy le Kid, dont nous voyons des extraits).

L'homme des roubines nous invite à une ascension : un lieu et une altitude, toujours plus élevée, sont annoncés et nous y retrouvons aussitôt Luc Moullet, prêt à s'adresser à nous. Encore une fois, le procédé est aussi simple que riche de prolongements et il est à la base d'un portrait d'artiste très original, fort éloigné des résultats souvent formatés que produisent ce genre d'exercice. C'est d'abord un portrait "incomplet" puisque l'on s'étonne par exemple de ne pas y trouver prononcés une seule fois les expressions "Cahiers du Cinéma" et "Nouvelle vague". Mais cette approche peu classique n'empêche pas d'obtenir un portrait "juste", et, encore moins, de piquer notre curiosité pour son sujet (ma connaissance du cinéma de Luc Moullet se limite à celle des Sièges de l'Alcazar).

La complicité qui unit Courant et Moullet ne fait guère de doute et nous nous demandons parfois qui a décidé de telle mise en scène. Dans le regard de l'un, que l'on ne voit jamais, comme dans l'œil de l'autre, toujours au centre de l'image, brille une malice certaine. Luc Moullet, avec son débit si particulier, cultive l'art du récit et de la chute, se délectant de trouvailles déroutantes tombant en fin de phrases comme un improbable couperet. Les piques qu'il adresse aux écoles de cinéma sont l'un des signes de son indépendance farouche.

Mais si le portrait est si réussi, c'est qu'il montre parfaitement comment un homme vit pour le cinéma. Parfaitement car simplement et, parfois, indirectement, puisqu'en parlant des roubines, de sa famille, des villages de la région ou des employés du fisc, Luc Moullet parle aussi de son art. Bien sûr, il livre également des anecdotes savoureuses de tournage et des petites leçons très pratiques de réalisation. Ainsi, comme la plupart des meilleurs documentaires sur le cinéma, L'homme des roubines nous séduit parce qu'il part du concret, du travail, des pieds sur terre, et non de la théorie.

(Édouard Sivière, Le Blog Nightswimming, 27 février 2011)



LES HAUTS LIEUX DE LUC MOULLET

Mes lecteurs attentifs connaissent mes admirations parallèles et néanmoins non concomitantes pour les cinémas de Luc Moullet et de Gérard Courant. Ils ne s'étonneront donc pas de voir ces admirations défier les lois de la géométrie et croiser leurs parallèles avec L'homme des roubines, portrait de Moullet par Courant réalisé en 2000. Sous titré Les hauts lieux de Luc Moullet, le film adopte une approche originale puisqu'il s'agit de grimper en compagnie du cinéaste depuis l'ocrière de Bouvenne à 400 m jusqu'à atteindre 1826 m au signal de Lure, en passant par une vingtaine de lieux emblématiques, énumérés par l'impayable Jean Abeillé, lieux de vie, lieux de tournages et lieux de son histoire familiale. Approche pertinente pour faire le portrait d'un homme qui se présentait encore l'an dernier à un débat avec Jean-Luc Godard comme « Moullet Luc, randonneur ». Il est en outre notoire que Moullet dans sa carrière de critique est adepte de théories hardies qui relient l'art des réalisateurs à la géographie ou à l'astrologie. Il ouvre ainsi le film par une citation de Lubitsch : « Avant de savoir filmer des hommes, il faut savoir filmer des montagnes. » puis explique la différence entre fiction et documentaire par l'évolution du poids du cinéaste.

Gérard Courant organise son portrait, de lieu en lieu, autour de la figure de la roubine, formation géologique dite aussi « terres noires » propre aux Alpes du Sud. Pour nos amis des plats pays, c'est une sorte de terril en plus plissé. Luc Moullet se détache sur fond de roubine, comme Mona Lisa sur fond de paysage florentin. Ces roubines rattachent leur auteur à trois films, Terres noires (1961), Les contrebandières (1967) et Une aventure de Billy The Kid (1971) espèce rare de western français avec Jean-Pierre Léaud. Le film eut été plus récent, il eu également compté avec Les naufragés de la D17 (2002) et Terre de la folie (2009), ce dernier étroitement lié à L'homme des roubines pour la part biographique et les révélations familiales.

L'approche « roubine » du film permet d'éviter une étude classique de carrière (on se limite quasiment aux trois films tournés dans ces décors naturels) et de plonger plus profondément dans les principes d'une œuvre, dans les racines de son inspiration. Mieux, dans son esprit même, mélange d'humour teinté de surréalisme et de malice avec parfois des silences laissant poindre une pointe d'inquiétude. Cet état d'esprit, le portraitiste le partage avec le portraituré. Courant et Moullet sont amis et le film est tout autant un portrait d'homme à homme que de cinéaste à cinéaste voire de cinéphile à cinéphile. Et donc des plus justes. On sent constamment la complicité entre les deux hommes et le film dégage la même chaleur, la même fantaisie, le même plaisir décontracté et néanmoins absolu du cinéma que Le Journal de Joseph M. consacré à Joseph Morder par Gérard Courant et dans lequel apparaissait longuement Luc Moullet.

Contrairement à ce film pourtant, L'homme des roubines se concentre sur son sujet sans intervention de Courant qui ne laisse voir que son ombre et n'apparaît que dans un court extrait de Parpaillon (1993). Il s'efface et laisse s'exprimer Moullet en toute liberté, structurant simplement sa parole avec affection. Le film est aussi un manifeste pour une autre façon de faire du cinéma, il faudrait plutôt écrire : pour vivre le cinéma. Un cinéma dont Marcel Pagnol disait : « l'universel, on l'atteint en restant chez soi », un cinéma art de vivre qui se nourrit de la vie jusqu'à devenir la vie elle-même. Un cinéma aussi un peu démystifié dans sa fabrication, cinéma d'artisans contrebandiers, de cuisiniers aventuriers, dont Moullet excelle à raconter les coulisses comme faire tourner les acteurs dans de rudes conditions climatiques (résultat : 12 plans en deux heures), feinter un inspecteur du fisc, vendre un faux western à l'international ou savoir faire avancer un âne sur un chemin de montagne. L'homme des roubines est ainsi un mode d'emploi pragmatique que tout aspirant cinéaste devrait voir et méditer. Luc Moullet filme avec délectation envers et contre tout. Gérard Courant se délecte de le voir raconter. Et nous bien sûr, c'est le bonheur.

(Vincent Jourdan, Le Blog inisfree, 19 septembre 2011)



SI VOUS N'AIMEZ PAS LA MONTAGNE (NI LE VÉLO), PASSEZ VOTRE CHEMIN

Ernst Lubitsch dit que "La meilleure chose pour apprendre à filmer des acteurs, c'est de filmer des montagnes". Comme je ne suis pas sûr de bien savoir filmer les acteurs, je continue à filmer des montagnes.

Contempteur des absurdités humaines, (trop humaines), Luc Moullet distille ce qu'on pourrait appeler (sic Les cahiers du cinéma) un gai savoir persévérant, L'homme des roubines est une pure merveille de drôlerie et d'intelligence réalisée par son ami Gérard Courant, qui est aussi son hagiographe officiel, avec Luc Moullet (par lui-même) et Jean Abeillé, ce film part de la citation de Lubitsch pour filmer Moullet dans les Alpes de Haute-Provence, où il est né en 1937, où il a tourné la plupart de ses films, où il réside et où il puise son inspiration. Comme j’admire beaucoup ce cinéaste, j’ai déjà diffusé ici l’hilarant Barres et le clip Le prestige de la mort réalisé avec son frère musicien, Patrice. Dans L'homme des Roubines, l'artiste nous balade par monts et par vaux, au fil du récit de sa vie de son oeuvre, de sa pensée, le tout, en roue libre. Subtil et saugrenu serait peu dire...

Avertissement : si vous n'aimez pas la montagne, (ni le vélo), passez votre chemin, Si vous aimez, la montagne (et le vélo), ça réconfortera vos univers. z'oeillez donc !

(Certains jours, 2 juillet 2012)



UN ART FONDÉ SUR L'ESPACE ET LES PETITS MOYENS

À la manière d’un film de Luc Moullet, Gérard Courant filme le cinéaste dans les lieux de sa vie, qui sont aussi ceux qu’il a souvent filmés. Les extraits des films alternent avec des anecdotes de tournage ou des récits liés aux villages et montagnes, comme autant d’histoires possibles, mi-légendaires mi-absurdes. L’Homme des roubines est une visite guidée dans les paysages arides des Alpes du Sud, et plus encore dans l’imaginaire de Moullet.

Au départ, il y a la montagne. Ce lieu mythologique, Luc Moullet veut le filmer comme dans un western de Hawks. Les nombreux extraits d’Une aventure de Billy le Kid (1971) permettent de faire éclore quelques souvenirs de tournage et des définitions pour le moins ludiques. Par exemple, Moullet explique qu’on reconnaît un réalisateur de fiction à un documentariste en les pesant : le premier perd du poids sur un tournage tandis que le second en gagne. Construit sous forme de saynètes dans ces lieux des Alpes de Haute-Provence qui comptent pour lui, le film montre bien la façon dont Moullet transforme le réel en conte absurde, d’un contrôle fiscal à sa traque par des gendarmes en passant par des histoires de famille marquées par la folie – il a laissé sa grand-mère dans un hôpital psychiatrique pour tourner plus longtemps dans sa maison. En creux, c’est aussi sa méthode que l’on perçoit : un art fondé sur l’espace et des moyens financiers faibles, pour inventer durant le tournage.

(Martin Drouot, Images de la culture, n°27, décembre 2012)



LA NARRATION GÉOGRAPHIQUE DE GÉRARD COURANT

Antérieur à Luc Moullet, La Ruée vers l’art d’Annie Vacelet (2005), qui mettait déjà le cinéaste au sein d’une mise en scène déréglée, cloîtrée dans un espace clos, L’Homme des roubines de Gérard Courant voyage avec Moullet dans différents lieux montagneux des Alpes du Sud, notamment les Roubines, liés à sa propre histoire et décors de nombre de ses films.

la liste

Suivant l’étrange humour du cinéaste, Courant met en place un dispositif à la fois simple, drôle et surprenant : les vingt-et-un lieux montagneux visités sont classés par ordre de hauteur croissant, introduits par Jean Abeillé (fidèle acteur du cinéma de Moullet, mais aussi de Mocky), et dans chacun se déroule une petite scène où intervient Moullet, accompagné parfois d’un extrait de film tourné à cet endroit ; il se comporte comme un guide touristique dans son “domaine” pour raconter une anecdote, décrire le lieu et ses transformations dans le temps, préciser ses méthodes de tournage ou sortir une formule dont il a le secret.

Cette manière à la fois méthodique et drôle, en faisant la liste ou le comtpte des hauts lieux de Moullet et en y superposant biographie et filmographie, est passionnante, pour plusieurs raisons. La première est que la liste, comme le disait Serge Daney, est l’attribut par excellence du cinéphile, et que l’on retrouve ce dispositif dans toute l’oeuvre de Moullet : on peut penser tant à ses personnages des Sièges de l’Alcazar (1989) qu’à des films consruits de manière méthodique et obsessionnelle tels Essai d’ouverture (1988, qui détaille les différentes façons d’ouvrir une bouteille de Coca Cola) ou Barres (1984, qui s’attache à la fraude dans le métro). La seconde raison est que ce dispositif modifie radicalement le genre documentaire : Courant déplace la narration classique (présente aussi bien dans le documentaire que dans la fiction) d’une ligne temporelle à un plan géographique. Ce qui permet d’éviter tout enfermement de la figure du cinéaste dans une histoire linéaire, et de donner à voir un portrait en facettes, où percent ça et là des traits du cinéaste, non synthétisables. Il y a une sorte de clôture du sens, circonscrit à l’espace montré, qui évite toute généralisation, en même temps qu’elle appelle la modestie. Avec sa narration géographique, Courant rapproche aussi sa manière de faire de celle d’un Moullet cinéaste de l’espace, pour qui l’environnement matériel (aussi bien des corps que des décors) influe grandement sur la narration – d’où l’importante dimension burlesque de ses films. Un burlesque de petite taille, moins acrobatique et impressionnant que celui de Keaton, plus grinçant que gracieux, en un sens domestique et amateur.

burlesque

Ce burlesque se retrouve dans L’Homme des roubines, notament dans une scène (Ribier, 560 mètres) où Moullet met à exécution, ligne à ligne, le protocole d’ouverture décrit par son frère pour entrer dans la maison (en mauvais état) qu’ils possèdent. Le comique réside entièrement dans la manière dont Moullet effectue à la lettre une succession d’actions brinquebalantes, à la limite de l’absurde, qui n’ont pas tant pour but de nous “faire visiter” que de nous montrer ses propres mouvements, la manière dont il se dépêtre avec les objets, sans qu’il soit possible de distinguer la part de jeu de la part documentaire “réelle”.

“La fiction est à l’intérieur, le documentaire à l’extérieur” disait Luc Moullet à Annie Vacelet dans La Ruée vers l’art, et le film de Gérard Courant paraît justement osciller entre les deux genres : il fait du cinéaste une sorte de showman qui nous reste toujours opaque. La manière dont il s’exprime exclut effectivement toute empathie ou émotion, alors même que sont abordés des thèmes intimes, par exemple celui de la folie, à la fois familiale (la grand-mère) et géographique – le dernier long métrage en date du cinéaste, La Terre de la folie (2010) traite justement de cet étrange triangle de la folie circonscrit aux Alpes du Sud.

On voit aussi ressortir un étrange rapport à l’argent : des problèmes de production aux impôts, en passant par de l’argent tombé du ciel grâce à une erreur informatique ou la proposition de vente directement adressée au spectateur d’un champ appartenant au cinéaste ! Ce n’est pas pour rien que Moullet mentionnera (comme il le fait dans La Ruée vers l’art) le stade “anal” psychanalytique qu’un critique avait noté dans son oeuvre, évoquant par là les pratiques coprophages de sa grand-mère enfant !

L’Homme des roubines joue donc perpétuellement sur des points limites, en même temps qu’il s’évertue à donner le plus de points de vue possibles. Placer Mouller perpétuellement en situation lui permet de montrer la manière dont l’art et le savoir du cinéaste sont toujours issus de l’expérience ; Moullet autant que Courant jouent et créent avec les éléments matériels à leur portée : décor naturel, histoire locale, situation sociale, ou même film des autres.

(Pierre Eugène, Images de la culture, n°27, décembre 2012)


UNE RENCONTRE ENTRE DEUX FOUS PASSIONNÉS

Enfin, Courant a réalisé un documentaire autour de Moullet, intitulé L’homme des Roubines. Construit en clins d’oeil à une ascension, le film nous permet là encore de mesurer les liens très forts entre Moullet et la montagne, et sans pour autant être de droite, hein (voir le film permettra de comprendre cette précision) ! Les liens Gérard Courant et Moullet sont assez réguliers, et on voit d’ailleurs ce dernier dans d’autres Carnets filmés, ayant trait notamment au cyclisme ou dans une comparaison L’équipe et Aujourd’hui Sport. Une rencontre entre deux fous passionnés qui ne manquent pas, donc, de rapprochements cinématographiques, notamment dans l’importance accordée au lieu.

(Citylightscinema, 4 septembre 2013)



COMPLET ET DRÔLE. UN BONHEUR

« Moullet, c'est Courteline revu par Brecht ». Cette citation de Godard ouvre ce documentaire consacré au travail de Moullet. Luc Moullet est un descendant des immigrés arabes battus à la bataille de Poitiers et réfugiés dans le sud de la France. Sa grande taille, ses ongles carrés témoignent de ces origines kabyles. C'est ainsi que le cinéaste se présente, s'amusant à se mettre en scène comme il aime à le faire dans ses propres films. On le suit dans une visite guidée de ses Alpes du Sud. Il nous emmène dans les villages les plus reculés en en contant les histoires. Il revient sur les lieux du tournage de Brigitte et Brigitte, Billy Le Kid, Les Contrebandières, Terres noires... Un passage près du centre hospitalier de Laragne (un asile qui ne dit pas son nom) anticipe même La Terre de la folie. Beaucoup de membres de la famille sont passés par là et Moullet parle de son angoisse de la folie, espérant à la fin de sa vie pouvoir être heureux « de ne pas avoir étranglé ma femme et violé ma fille... mais bon, je suis peut-être optimiste ! ».

Ce long entretien est entrecoupé d'extraits de ses films et par Jean Abeillé (l'homme qui habillait La Sept, fidèle de Mocky mais aussi de Moullet qui décline les hauteurs de villages des Alpes du Sud). Complet et drôle, cet excellent documentaire offre quelques pistes pour entrer dans le cinéma singulier et à nul autre pareil de Luc Moullet. Et puis, la façon dont le cinéaste reste imperturbable en racontant ses histoires les plus saugrenues est toujours un bonheur !

(Olivier Bitoun, DVDclassik, 9 janvier 2014)



UN PERSONNAGE À PART DU CINÉMA FRANÇAIS

Ce film biographique de Gérard Courant, cinéaste lyonnais, est, « à la façon » de Luc Moullet, un regard sur ce personnage, décalé et pince sans rire. Originaire des Alpes de Haute Provence, Luc Moullet nous raconte par le biais d’anecdotes, son parcours de cinéaste, son attachement à cette Terre mi provençale mi alpine, ses rapports avec la folie (inscrite depuis longtemps dans son entourage familial) et avec le milieu du cinéma, ses déboires avec le fisc et l’administration. Jamais à court d’imagination, toujours aussi burlesque, Luc Moullet est vraiment un personnage à part du cinéma français. Jean-Luc Godard considère Luc Moullet comme un « Courteline revu par Brecht » et Jean-Marie Straub estime pour sa part qu'il est « le seul héritier à la fois de Buñuel et de Tati ».

Gérard Courant spécialiste des portraits cinématographiques réalise ici un portrait si fidèle de l’homme que l’on pourrait croire à une nouvelle facétie de Luc Moullet. Qui, d’ailleurs mieux que Gérard Courant pourrait nous dire pourquoi il a conçu un tel film ?

(Le Génépi et l’Argousier, 21 juillet 2014)





 


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