image du film.24 PASSIONS

Année : 2003. Durée : 1 H 15'

Fiche technique :
Réalisation, image : Gérard Courant.
Image générique : Richard Copans.
Montage : Elisabeth Moulinier.
Son :
Jean-Daniel Bécache.
Partition sonore :
Hélène Ducret, Dominique Dalmasso.
Interprétation : Régis Audigier (Jésus, jusqu’en 1993), Jean-Marie Audigier (Jésus, à partir de 1994), Maryse Veyrenche (Véronique, jusqu’en 1986), Solange Mounier (Véronique, à partir de 1987), Solange Fargier (Marie), Anne-Marie Duwez (Marie-Madeleine, jusqu’en 1995), Aline Bonnet (1988), Caroline Pérel (Marie-Madeleine, 1996 à 1999, 2002), Valérie Dechaux (Marie-Madeleine (2000, 2001, 2003), Franck Pouchet (Saint Jean), Auguste Joffre (Simon de Cyrène, jusqu’en 1985), Bernard de Chanaleilles (Simon de Cyrène, à partir de 1986), Gabriel Comte (Simon de Cyrène, 1999) Jean-Marc Teyssier (larron), Jean-Luc Peyrelon (larron), Jean-Louis Rouzet (larron), Gaston Hilaire (centurion, jusqu’en 1989), Jean Mounier (centurion, à partir de 1990), Victorin Fargier (suisse, jusqu’en 1989), Serge Fargier (suisse, à partir de 1990), Denis Arsac, Dominique Arsac, Martial Arsac, Mathieu Arsac, Michel Arsac, Ludovic Arsac, Raphaël Arsac, Stéphane Arsac, Vincent Arsac, André Audigier, Germain Audigier, René Audigier, Lionel Bandel, Pierre Baylon, Alain Biscarat, Christian Bonnet, Georges Bonnet, Robert Bourdeli, Olivier Broche, Thierry Cayrier, Guy Cayrier, Yves-Jean Cérézo, Gilles Chamard, Stéphane de Chanaleilles, Mathieu Debard, Michel Duwez, Gaétan Genaux, Lionel Giacopelli, Hervé Hilaire, Gregory Libert, Émile Méjean, Rémi Méjean, Patrick Peyrelon, Franck Seuzaret, David Simon, Nicolas Tourette, André Troubat, Didier Veydarier, Jérémi Volle, Julien Yung (soldats romains), Violaine Alix, Martine Audigier, Élisabeth Aulagnier, Vanessa Bonnefoi, Régine Bonnet, Julie Charre, Denise Dupo, Angélina Duwez, Malvina Duwez, Josiane Eyraud, Murielle Frechat, Virginie Giacopelli, Arlette Mazoyer, Julie Méjean, Laura Méjean, Régine Monnet, Véronique Mori, Caroline Pérel, Cécile Pérel, Stéphanie Philis, Christine Polizzi, Michaël Polizzi, Ludivine Réot, Aude Soboul, Odette Suchon, Aurore Teyssier, Denise Tuppo, Émilienne Vergne, Maryse Veyrenche, Marlène Volle (filles de Sion), Raphaël Arsac, Sébastien Arsac, Yoann Courteix, Mathieu Debard, Julien Descours, Stanislas Duwez, BenoÎt Fabregoule, Rémy Méjean, Gilbert Mori, David Pasini, Jérémy Volle, Samuel Volle (porteurs d'instruments), Aline Audigier, Augusta de Chanaleilles, Suzanne Charre, Josette Court, France Court, Marina Gironne, Jean Laurent, Luc Rouzet, Thérèse Rouzet (chœur de chant et animation liturgique), Guillaume Arsac, Magali Arsac, Sébastien Arsac, Émilie Clauzier, Jean-Baptiste Diz, Justine Fabregoule, Rodolphe Gaulupeau, Quentin Giacopelli, Cyrille Meurdefaim, Emmanuel Perrel, Luc Rouzet, Guillaume Simon, Mathieu Simon (anges), Stanislas Duwez, Marlène Février, Laura Méjean, Gilbert Mori, Saumuel Volle (enfants de chœur), François Blondel, Jean Bonfils, Jean Hermile (évêques), Jean-Claude Cros-Badon, Marcel Gray, Jean-Michel Messié (prêtres), les habitants de Burzet (Ardèche), Gérard Courant.
Production : Les Films d’Ici (Richard Copans), Centre National de la Cinématographie.
Direction de production :
Sylvie Henrion.
Distribution :
Les Films d’Ici.
Tournage : Chaque Vendredi Saint de 1980 à 2003 à Burzet (Ardèche, France).
Format de tournage : Super 8 mm.
Format de diffusion : 35 mm.
Pellicule : Kodachrome.
Procédé : Couleur.
Cadre : 1,33.
Collection publique : Forum des images, Paris (France).
Première projection publique : 2 mars 2004, Cinémathèque Française, Paris (France).
Principaux lieux de diffusion :
version en cours :
-Cinémathèque française (année 1980), Paris (France), 1980.
-Cinémathèque française (années 1980 à 1990), Paris (France), 1991.
-Cinémathèque française (année 1995), Paris (France), 1995.
-Cinémathèque française (années 1980, 1981, 1988, 2000), Paris (France), 2000.
-Galerie de l’Ouvertür (année 1980), Paris (France), 1981.
-Galerie Donguy (années 1980, 1981, 1982, 1983), Paris (France), 1984.
-Cinémathèque Québécoise (année 1984), Montréal (Canada), 1986.
-Festival du Cinéma indépendant (année 1995), Châteauroux (France), 1995.
-Festival Côté court (année 1980), Pantin (France), 1999.
-Festival Côté court (année 1995), Pantin (France), 2000.
-Rétrospective Jeune, pure et dure (années 1980, 1981, 1988, 2000), Cinémathèque française, Paris (France), 2000.
-République Cinéma (année 1981), Paris (France), 2000.
-Festival Docs en court (année 1994), Lyon, 2005 (France).
-Séminaire Gérard Courant (année 1980), Samawa (Irak), 2015.
version définitive :
-Cinémathèque Française, Paris (France) 2004.
-Goethe Institut, Paris (France) 2004.
-Festival Une certaine idée du cinéma, Gennevilliers (France) 2004.
-Festival International du Documentaire, Marseille (France) 2004.
-Festival Paris Cinéma, Paris (France) 2005.
-Festival Territoires, Valence (France) 2006.
-Site YouTube, 2012.
-BAFICI, Buenos Aires Festival Internacional de Cine Independiente, Buenos Aires (Argentine) 2012.
-Site Vostfr, 2013.
-Site Solarwindenergy, 2013.
-Site Demo.SIALIFE.com, 2013.
-Site Trucs-astuces.mobi, 2013.
-Site Gaming and software videos, 2013.
-Site Okm (Japon), 2013.
-Site Magicien Mentaliste, 2013.
-Site Kemifun, 2013.
-Site Tvclips.INFO, 2013.
-Site Arkadaslik, 2013.
-Site Beatzone (Tchéquie), 2013.
-Site Msnsoft. net, 2013.
-Site Vidgrids.com, 2013.
-Site SenseTube, 2013.
-Cinemateca Portuguesa, Lisbonne (Portugal), 2017.

Présentation >>>

I – PRÉSENTATION

Chaque année,
De 1980 à 2003,
J'ai filmé
Chaque Vendredi Saint
La reconstitution du chemin de croix
De la Passion du Christ
À Burzet,
Un village isolé de l'Ardèche
Où les villageois, depuis sept siècles,
Se costument pour y célébrer et perpétuer
Ce rite religieux.

English I

“Every year since 1980, I have filmed the Good Friday ceremony reconstructing the Passion of Christ in Burzet, a remote village in the Ardèche area, where for six hundred years, the local people have dressed up to celebrate and perpetuate this religious rite”, writes Gérard Courant, filmmaker know for the magnificent obstinacy of his long-term projects. Using film to record the minute variations that make up the course of history, just as Eustache intended in Rosières de Pessac, with the unpompous magic of the costumed scenes, in a mixture of archaism and present, the succession of these 24 Passions Plays confirms above all a unique passion; that of seeing. For Courant’s super 8 mm viewpoint is neither sociological nor picturesque. It is less concerned with describing a tradition than forces through repetition, revealing a multitude accidents, from the rain that forces the rite to remain on the steps of the church to the over-tight helmet of a minor player and a thousand other droll, moving and instructive details. In the end, it presents the singular way in which a poplar tradition relates to time.

English II

Between 1980 and 2003, Courant registered the annual reconstruction of the Via Crucis in Burzet, a lost town in Ardeche, where the locals dress up every Holy Friday to celebrate and pursue this religious tradition that began centuries ago. Persistent in his method, Courant defines his film by saying: “24 Passions is obviously an unclassifiable film. Is it documentary or fiction? I consider it to be film-poetry. Each chronologically organized procession begins with a line extracted from Wagner’s Parsifal, hence dividing the film into 24 chapters. By reading this text I became aware of the great deal of inspiration Wagner found in Saint Augustine’s writings, which explains the declarative tone of this text…We could say that 24 Passions is a film that celebrates time and memory. It is an irreplaceable testimony of a minuscule event that takes place on this planet and gets examined under a microscope. 24 Passions is a metaphor for cinema. 24 Passions was shot at 24 frames per second for 24 years in the steep stages of the 24 stations of Burzet’s Ordeal”.

Espanol

Entre 1980 y 2003, Courant filmó la reconstrucción anual del Vía Crucis de Cristo en Burzet, un remoto pueblo en Ardeche, donde sus habitantes se disfrazan cada Viernes Santo para celebrar y perpetuar este rito religioso desde hace siglos. Prueba de la persistencia de su método a través del tiempo, Courant define su película: “Obviamente 24 passions es una película inclasificable. ¿Es un documental o una ficción? Yo lo calificaría como cine-poema. Cada procesión, montada cronológicamente, se inicia con un texto del libreto de Parsifal de Richard Wagner, que divide la película en 24 capítulos. A través de sus escritos, supe que Wagner se inspiró mucho en los textos de San Agustín, lo que explica el tono declamatorio del texto... Podemos decir que 24 passions es una película que celebra el tiempo y la memoria. Es un testimonio insustituible de un evento pequeño de nuestro planeta que se ausculta y disecciona bajo el microscopio. 24 passions es una metáfora del cine. 24 passions fue filmada a 24 cuadros por segundo durante 24 años en las laderas escarpadas de las 24 estaciones del Calvario de Burzet”.

II – TITRES DES 24 CHEMINS DE CROIX

  • 1980 : Mon sang pécheur ruisselle ardent
  • 1981 : Tu vois, mon fils, l'espace ici naît du temps
  • 1982 : Je marche à peine et je suis déjà loin
  • 1983 : l'hiver a fui, l'avril est là
  • 1984 : Mourir, mourir, unique grâce !
  • 1985 : Ne sais-tu pas quel est ce jour sacré ?
  • 1986 : Oh ! Peine ! Peine sans égale ?
  • 1987 : Délivre le monde si c'est ton sort
  • 1988 : Montre-moi si vraiment du ciel tu es l'élu
  • 1989 : Est-ce là l'effet du saint jour ?
  • 1990 : Oh ! Plainte ! Plainte ! Plainte effroyable !
  • 1991 : Oh ! Jour des Grâces sans pareilles
  • 1992 : Lui-même ! Le voici ! Voyez !
  • 1993 : Vers lui mon coeur souffrant aspire
  • 1994 : Prenez mon sang, prenez mon corps, en souvenir de moi !
  • 1995 : Tu vis maintenant à jamais
  • 1996 : T'es-tu perdu ? Dois-je te conduire ?
  • 1997 : Tu baignes mes pieds d'eau pure, mais que l'ami me lave le front !
  • 1998 : Sur sa croix son sang divin coula
  • 1999 : Oh ! Quel miracle sans pareil !
  • 2000 : Mon sang fuit sauvage et déborde
  • 2001 : Oh peine ! Oh jour du deuil profond !
  • 2002 : Qui me commande de vivre ?
  • 2003 : Seul mon trépas vous importe ?

III – LEITMOTIVE

Bien que d'origine ardéchoise et connaissant l'existence du rituel du Vendredi Saint de Burzet en Ardèche depuis mon enfance, je n'avais jamais assisté à ce pèlerinage, jusqu'en ce jour de 1980 où, par curiosité, je me rendis sur ce chemin de croix avec ma caméra. Je fus frappé par ce spectacle et j'eus la sensation de me trouver à l'intérieur d'un film biblique de la grande époque hollywoodienne des années 1950. Je fus impressionné par la beauté des couleurs des costumes des acteurs de cette Passion qui étaient dignes du Technicolor et par ce lieu, au milieu d'un immense cirque de montagnes volcaniques, près du mont Gerbier-de-Jonc. De plus, je fus aussi impressionné par la justesse du jeu des acteurs de cette procession.

Et c'est après avoir filmé ce cérémonial pour la première fois, en avoir montré les images à mon ami, le cinéaste mexicain Teo Hernandez et l'avoir projeté en première partie de mon film Coeur bleu, dans le cadre majestueux de la Cinémathèque du Palais de Chaillot en octobre 1980, que j'ai eu l'idée de revenir le filmer.

À ce moment-là, je me suis lancé un défi : faire un film étalé sur une décennie. Cela me paraissait déjà très ambitieux et je n'étais pas du tout certain d'aller jusqu'au bout de mon projet. Et puis, quand en 1989, j'ai tourné la dixième Passion, j'ai eu envie de poursuivre ce pari cinématographique car j'avais l'impression que je n'avais pas fait complètement le tour de cette procession... Évidemment, j'ignorais jusqu'à quand je filmerais. Et j'en suis arrivé aujourd'hui à 24 années. Peut-être que 24 n'est pas un chiffre rond (comme 25 ou... 33, l'âge supposé de la crucifixion du Christ !) mais je trouve ce chiffre beaucoup plus amusant car 24 Passions est aussi un film sur le Cinéma et le Temps qui passe. Et le Cinéma est, comme chacun sait, tourné à 24 images par seconde (au contraire de la Vidéo, qui l'est à 25 !)... Et le chemin de croix de Burzet comporte 24 stations !

Pendant 24 ans, j'ai autofinancé ce film alors que je n'avais ni pour ambition, ni pour vocation d'en être le producteur. En 2002, j'ai pensé qu'il était temps d'en faire un film présentable à un public. J'ai proposé mon projet à la commission d'avance sur recettes du Centre National de la Cinématographie, qui l'a accepté. D'une certaine façon, on pourrait dire que 24 Passions est le bilan de mes 24 années de tournage.

Mais rien ne m'empêche de continuer à filmer cette procession. C'est ce que j'ai fait en 2004 où, pour la première fois, en vingt-cinq ans, j'ai même rencontré la neige sur le Golgotha de Burzet ! Comme en 1980, lorsque j'ai commencé cette aventure, je ne sais pas du tout si je vais la poursuivre. L'année 2004 aura-t-elle été mon dernier tournage ou bien le commencement d'un nouveau cycle ? Qu'est-ce que je ferai l'année prochaine le jour du Vendredi saint ? Je l'ignore et je suis curieux de le savoir car je n'en ai pas la moindre idée.

Dans 24 Passions, chaque acteur conserve son rôle année après année. Et lorsqu'il est atteint par la limite d'âge, il transmet le relais à un personnage plus jeune que lui qui, une génération plus tard, fera de même.

Il est évident que 24 Passions est un film inclassable. Est-il un documentaire ? Est-il une fiction ? Je le qualifierais plutôt de ciné-poème.

Chaque procession, montée chronologiquement, est inaugurée par un carton extrait du livret de Parsifal de Richard Wagner qui divise le film en 24 chapitres. Lors de son écriture, je sais que Wagner fut très inspiré par les écrits de Saint Augustin, ce qui explique le ton déclamatoire du texte.
24 Passions a été filmé en Kodachrome. Grâce à ce procédé, j'ai eu la chance de disposer d'une pellicule proche des couleurs du Technicolor et voisine des tableaux de la Passion que je contemplais, enfant, quand je m'ennuyais pendant la messe du dimanche matin à l'église de Saint-Marcellin, dans l'Isère. Il est bien évident que je ne serais jamais arrivé à cette qualité picturale des images si j'avais tourné en vidéo ou avec une autre pellicule cinématographique.

J'espère que 24 Passions n'est pas un film monotone, car, chaque année, j'ai essayé de filmer ce rituel – qui, lui, est immuable – de manière variée tout en ayant toujours le même regard sur les êtres enregistrés par ma caméra. À chaque fois, j'ai apporté des petites touches nouvelles. Les modifications sont nombreuses, subtiles et, parfois, discrètes. Il y a une infinité de variations dans le choix des plans, des cadrages, dans leur durée, la lumière, les couleurs, les rythmes. J'ai même utilisé, au fil de mes 24 années de tournage, cinq caméras différentes qui offraient des qualités de nuances quant au rendu de l'image (son grain, son piqué, la luminosité de l'objectif).

Cela dit, j'ai toujours voulu filmer le plus simplement et le plus sobrement possible en évitant tout artifice. Si l'on excepte l'année 1980 (où j'ai réalisé un travail sur la surexposition pour tenter de retrouver la lumière de la Palestine) et l'année 1998 (où j'ai filmé en vitesse rapide pour justement casser l'installation d'un éventuel train-train), j'ai systématiquement évité tout recours à des effets qui auraient ralenti l'action de ce ciné-poème. Le cérémonial du Vendredi Saint est suffisamment fort et visuel pour qu'on puisse se passer de ces subterfuges techniques. Résultat : la phase du montage fut un exercice à la fois très excitant et très périlleux. Avec ma monteuse Élisabeth Moulinier, on a travaillé sur des quantités de petits détails. J'étais comme un musicien avec sa partition et ses notes de musique.

On peut dire que 24 Passions est un film qui encense le Temps et la Mémoire. Il est un témoignage irremplaçable d'un minuscule événement de notre planète Terre qu'il ausculte et décortique à la loupe.

24 Passions est une métaphore du Cinéma. 24 Passions a été filmé à 24 images par seconde pendant 24 années sur les pentes raides des 24 stations du calvaire de Burzet.

Tous les sons ont été retravaillés en studio afin de façonner une partition sonore originale à partir d'éléments (prières, psaumes, voix du centurion...) enregistrés pendant les processions. Même si 24 Passions est conçu sans musique, il possède une structure très musicale. L'architecture et le rythme du film sont proches de la musique de jazz et des leitmotive wagnériens. À partir de motifs très voisins les uns des autres, il y a une infinité de variations. Et c'est dans ces variations que le rythme et la mélodie prennent toute leur force. Ces variations créent un environnement enivrant, envoûtant, sensoriel. Ce n'est donc pas parce que l'on travaille sur les mêmes motifs – ici, la procession du Vendredi Saint de Burzet, ailleurs, la musique de jazz ou les leitmotive wagnériens – que l'oeuvre sera ennuyeuse. C'est la manière avec laquelle on associe ces motifs entre eux qui leur permettent d'être variés, nuancés, divertissants. Tout ça n'est qu'une question d'alchimie cinématographique ! Je dis bien « alchimie » car je n'oublie pas que nous sommes dans un pays de volcans.

Cet hommage, cette proximité avec l'oeuvre de Wagner, ainsi qu'avec le Romantisme allemand sont voulus et recherchés. Wilhem Wackenroder, l'un de ses promoteurs, a comparé « la jouissance des oeuvres d'art à la prière » et Goethe a ajouté que les oeuvres constituaient un but de « pèlerinage ». Quant à Bayreuth, ce sanctuaire wagnérien, devint un lieu de culte où s'amorça l'âge de la « religion de l'art »

Quand j'ai commencé à filmer à Burzet, je n'ai pas oublié que le premier film que je suis allé voir seul au cinéma (sans mes parents ou mes copains de l'école) fut Les Dix commandements de Cecil Blount DeMille. Ce film m'a terrorisé, à tel point que, après l'entracte qui coupait le film en deux parties, je ne suis pas retourné dans la salle. Et je ne voulais surtout pas révéler ma désertion à mes parents qui, je l'imaginais, ne m'auraient plus donné de l'argent pour aller au cinéma. Mais, contraint de leur raconter le film, je fus dans l'obligation de leur dire la vérité.

Peut-être que 24 Passions est une réponse inconsciente à cette peur originelle !

IV – STATISTIQUES

Le tournage de 24 Passions a été étalé sur 24 années.

Il en a résulté :

  • 24 jours de tournage.
  • 48 heures de montée du calvaire (à raison de 2 heures par montée).
  • 7 200 mètres d'élévation (à raison de 300 mètres de dénivellation par montée)... presque un Annapurna !
  • 32 400 kilomètres de déplacements (à raison de 1350 kilomètres aller et retour, Paris-Burzet, par voyage)... presque un tour de terre !
  • La rencontre et le croisement d'environ 60 000 personnes (à raison de 2500 participants par cérémonie)... plus d'un Parc des Princes et presque un Stade de France pleins !

V – INCIDENTS DE PARCOURS

En 24 ans de filmage, divers incidents ou accidents ont marqué le tournage de 24 Passions :

  • En 1983, je fus victime d'une entorse de la cheville, au retour de la procession, lors de la descente du calvaire.
  • En 1984, j'étais accompagné, pour la première fois, d'un ingénieur du son qui eut des problèmes techniques avec les cordons de son magnétophone. Résultat : un son de médiocre qualité !
  • En 1985, en raison d'une forte pluie, la procession fut annulée (mais la messe, à l'intérieur de l'église, eut bien lieu).
  • En cette même année 1985, ma caméra ne supporta pas la pluie (l'eau entra à l'intérieur et se glissa dans les mécanismes) et tomba en panne, juste après que j'ai pu filmer les intempéries et les abords de l'église. Par chance, ce fut l'année de l'annulation de la montée du calvaire.
  • Toujours en 1985, mon ingénieur du son se contenta d'enregistrer quelques sons d'ambiance qui furent inutilisables pour le film.
  • En 1992, lors de mon passage en voiture sur le plateau du Vivarais, près du mont Gerbier-de-Jonc, je fus bloqué, une heure durant, dans une congère de neige, mais arrivai à temps à la procession.
  • En 2000, à environ 80 kilomètres de Burzet, la pompe à essence de ma voiture, une Renault 5 de l'année 1983, rendit l'âme. J'arrivai néanmoins à destination après que mon véhicule me permit péniblement de gravir le col de Mézilhac (altitude : 1130 mètres) et la longue montée de Lachamp-Raphaël (altitude : 1320 mètres) à une très faible allure et après de multiples arrêts.

(Gérard Courant)

Critique >>>

UNE MÉMOIRE DE LA BEAUTÉ

« Film de formes et de mesure, 24 Passions s’offre à un spectateur émerveillé comme un anachronisme : en l’occurrence une étude de motif, celui du Calvaire du Christ, rejoué par les habitants de Burzet, un village de l’Ardèche. La Passion telle qu’ils la jouent, à base de coloris maniéristes et de costumes de carnaval, prend ainsi place chaque Vendredi Saint depuis le XIIIème siècle. Travaillant en Super 8, Gérard Courant met en place un dispositif rigoureux : technique du « tourné-monté » et cartons composés de citations bibliques faisant écho au détail sur lequel l’accent sera mis au cours de la séquence. Seul l’habillage sonore de ces bobines de trois minutes sera remanié en post-production. En ne s’attachant qu’à l’étude formelle du motif et de ses parties – éludant toute contextualisation « sociologisante » - revenant sur les évolutions d’une figure, s’attachant à la scénographie ou aux modulations de couleurs et d’accessoires, reprenant certains cadrages de ses captations précédentes pour mieux affiner une intuition graphique, Gérard Courant s’inscrit tout à la fois dans une démarche d’historien de l’art, postulant l’événement filmé comme une oeuvre, mais semble par ailleurs poursuivre une forme idéale de Passion, dont le Calvaire ardéchois serait le matériau.

Un travail comme celui effectué ici par Gérard Courant, en évacuant l’idéologique, offre le respectable mérite de réactiver une mémoire de la beauté qui nous semble plus que jamais lointaine, à l’heure du retour sur le mode guerrier de l’adjectif « chrétien », accolé à l’idée d’ « Occident ».

(J.C., Manéci, le journal des écrans documentaires, n° 4, 7 décembre 2004)


 



LA PASSION DU REGARD

« Un contrepoison idéal à Mel Gibson. Le pari de Courant a été de suivre pendant vingt-quatre années consécutives la reconstitution d’une passion du Christ dans un village de l’Ardèche, selon un rite qui se perpétue depuis le XIIIe siècle. C’est un témoignage rendu à une forme d’art populaire et à l’obstination des habitants qui, chaque année, gravissent la montagne et répètent les mêmes phrases. Gérard Courant, qui devient le énième figurant de ce rendez-vous annuel, est lui aussi animé par une passion, celle du regard. D’une année sur l’autre, des modifications infimes mais significatives apparaissent. Un visage d’enfant de 1974 diffère de celui de 1990 ; on mesure l’écart entre les époques par le maintien, l’élocution. Cela renvoie à des choses qui me touchent beaucoup, au Jean Eustache de La Rosière de Pessac : le cinéma comme document sur le travail du temps ».

(Jean-Pierre Rehm, propos recueillis par Jacques Morice, Télérama, n°2842, 30 juin 2004)




UN SENTIMENT D'ÉLÉVATION

Enfin un petit retour sur le passionnant 24 Passions...

24 Passions n'est surtout pas une reprise de l'identique, c'est un retour sur origine.

Dans le rite, au fur et à mesure de sa répétition, une petite part d'exorcisme doit toujours pouvoir se révéler. Et c'est précisément cette part là dont s'empare le film et qui renseignera sur l'origine, en l'homme, de la scène primitive. Car la seule répétition ne peut délivrer. Il s'y trouve donc nécessairement la part modificative. 24 Passions, c'est donc l'enregistrement d'une reconstitution-modification avant constitution... C'est sans doute un phénomène très curieux mais très humain : pour que le rite nous investisse de sa force, il nous faut le jouer et le rejouer sans cesse pour pouvoir le "déjouer" loyalement et lui reprendre sa puissance. Je dis "reprendre" car ce rite nous avait bel et bien désinvesti d'une force qu'à l'origine nous possédions.

Débutant comme une sorte de peinture primitive aux couleurs délavées la procession s'élance donc vers... son origine. 24 Passions pour en identifier la répétition et en faire émerger la modification. Pour que le sentiment (religieux en l'occurence) soit total et constitutif et ne demeure pas une simple croyance, il y a nécessité pour ces hommes et femmes de Burzet de reprendre au rite sa puissante énigme... et il n'est pas étonnant que la montagne soit le décor idéal, il y a dans l'âme, lorsqu'elle cherche à reprendre son bien, toujours un sentiment d'élévation, de verticalité, constitué d'étapes et de stations...

24 Passions ou comment jouer l'histoire pour être soi-même l'Histoire...

P.S. 1 : J'ajoute qu'il y a un montage son très particulier qui invente l'image.

P.S. 2 : Evidemment il y aurait un parallèle saisissant à faire entre ton intérêt pour le Tour de France, la Passion à Burzet parce que les notions d'étapes, de stations, de grimpé (en montagnes) et de souffrance pour la victoire (c'est-à-dire la réalisation en soi de quelque chose) sont interchangeables. Et de même qu'il y a du sport à Burzet, il y a une ferveur religieuse dans le Tour de France ! Sans compter que tout cela s'inscrit dans des agencements sériels assez conséquents !

(Philippe Leclert, 1er octobre 2009).



LE DISPOSITIF

24 passions, est une de ces œuvres « sérielles » qu’affectionne le cinéaste mais, à l’inverse d’A travers l’univers, il ne s’agit plus de filmer un lieu sous toutes ses coutures mais le même évènement dans le temps. Dans un petit village de l’Ardèche (à Burzet), les habitants se costument tous les Vendredis Saints (depuis le 13ème siècle !) et reconstituent la Passion du Christ. De 1980 à 2003, Gérard Courant, armé de sa caméra Super 8, s’est rendu sur les lieux pour filmer la célébration de ce rite religieux.

Le résultat est intéressant mais, je dois l’avouer, un peu moins fascinant que d’autres dispositifs du cinéaste (que ce soit les Cinématons ou celui d’A travers l’univers). Le plus intéressant, c’est bien évidemment la répétition du rite, ce sentiment d’immuabilité et de pérennité alors que le temps passe et emporte tout avec lui. On cherche à reconnaître, année après année, des visages, des lumières, des lieux mais également ce qui change, ce qui ne sera jamais plus pareil. Le travail d’archiviste qu’effectue encore une fois Courant force l’intérêt mais il manque peut-être un dispositif plus fort (paradoxalement) qui emporterait totalement l’adhésion. On sent que le cinéaste cherche à trouver, d’année en année, des rimes visuelles (gros plans sur le visage du Christ, même plan récurrent de la montée au Calvaire…) mais ces petits extraits de ces Passions restent finalement assez « autonomes » les uns par rapport aux autres et peut-être aurait-il fallu établir un dispositif encore plus contraignant (que ce soit en terme de durée ou de cadrages) pour que nous puissions avoir de véritables éléments de comparaisons.

Finalement, ce qui séduit le plus, ce sont les « accidents », comme cette année 1985 où un orage empêcha la procession, obligeant Courant à se contenter d’un plan de la façade de l’église et des montagnes environnantes…

(Docteur Orlof, Le blog du Dr Orlof, 22 février 2010)



LE RYTHME IDÉAL, LA BONNE FOULÉE, LE TOUR DE PÉDALE PROPRE À COURANT

A voir les échantillons qui m'ont été offerts et bien que je n'oserai les désigner comme étant représentatifs de l'œuvre entière de Courant (sa filmographie étant pléthorique), j'avouerai une préférence pour ses films en apparence les plus simples (et les moins intimes, ou, plus prosaïquement, ceux où il entre le moins dans le cadre), pour ses dispositifs les moins complexes, ceux-ci se révélant paradoxalement les plus féconds. Ainsi en va-t-il du quatrième et dernier ouvrage de ce lot, 24 Passions.

"Chaque année, de 1980 à 2003, j'ai filmé chaque Vendredi Saint la reconstitution du chemin de croix de la Passion du Christ à Burzet, un village isolé de l'Ardèche, où les villageois, depuis sept siècles, se costument pour y célébrer et perpétuer ce rite religieux." Voici comment Gérard Courant présente son film. 24 Passions a donc tout du dispositif rigide. Le cinéaste suit la procession partant de la sortie de l'église du village et se terminant au sommet du mont le surplombant. Sur son site internet, il précise que la dénivellation est de 300 mètres et que la montée dure approximativement deux heures. Le trajet est toujours le même et les différentes "stations" sont à chaque fois marquées aux endroits définis. Lors de son montage, Courant a ramené ses enregistrements annuels à des durées équivalentes, tendant à une moyenne d'un peu plus de trois minutes pour chacun (nous sommes proches de la durée d'un Cinématon et nous tenons peut-être là, avec ces trois minutes, le rythme idéal, la bonne foulée, le tour de pédale propre à Courant).

Devant 24 Passions, mon intérêt s'est en fait glissé dans une sorte d'intervalle, ou plutôt deux intervalles.

Le premier naît de l'étrange contiguïté enregistrée, entre un rite ancestral et immuable, effectué avec un constant sérieux par ceux qui le pratiquent, et le travail du temps, rendu sensible par l'évolution des apparences vestimentaires des spectateurs de la procession et par le vieillissement (ou la disparition) des acteurs de cette Passion (notons que tenir le rôle de Jésus semble le meilleur gage de conservation). Cette étonnante juxtaposition de deux régimes temporels est bien sûr visualisée dans certains plans, les simples accompagnateurs (et les photographes, les appareils sont en effet nombreux) se mêlant souvent aux marcheurs costumés, quelques uns, parmi ces derniers, gardant même, à l'occasion, leurs lunettes de soleil. Toutefois, l'écart qu'il met à jour, Gérard Courant nous laisse le questionner nous-même. Jamais il n'intervient, ne commente, ne fait parler un protagoniste, ne place la moindre image étrangère à son sujet d'observation.

Le second intervalle est celui qui découle de la méthode suivie. Sous la contrainte du dispositif, on cherche les différences d'une année à l'autre, au-delà des répétitions, et intelligemment, Courant joue des deux. On note parfois le retour de telle composition, de tel cadrage, mais ce sont surtout les variations qui importent. Et nous touchons alors à la passionnante question du "faire". Car Gérard Courant, avec son film, montre tout simplement les différentes façon qu'il y a de filmer une procession, événement qui, comme tout déplacement de corps au sein d'un paysage, a un pouvoir cinématographique intrinsèque. Nous sommes donc là devant une sorte de leçon de cinéma : sur la position de la caméra, la durée du plan, la variation de point de vue que ceux-ci imposent. Courant filme en plongée ou contre-plongée (le terrain s'y prête), cadre large ou resserre sur des visages, enregistre fixement ou se place au milieu du cortège pour accompagner son mouvement, isole des pieds ou des mains, détaille les traits des acteurs ou attrape à la volée des attitudes de spectateurs, élève sa caméra vers le ciel ou la montagne. A cela s'ajoute un surprenant travail de mixage et, pour une des années, un jeu sur la vitesse de défilement des images, procédés qui apparaissent de prime abord comme des fantaisies mais qui accusent encore la pesanteur de ce temps qui passe. Ce qui est assez beau, au final, dans ces 24 Passions, et que nous pourrions prendre pour un troisième intervalle, c'est que nous voyons comment s'entremêlent la préparation et l'accident, la préméditation et l'adaptation, la technique et l'instinct du cinéaste.

Commentaires :

Eh bien, voilà une jolie somme. Nous sommes d'accord dans les grandes lignes même si j'aime un peu plus que toi les 2000 Cinématons (ce documentaire fait office de "bonus" dans le coffret 120 Cinématons et gagne sans doute à être vu après tous ces portraits) et un peu moins 24 passions même si ce que tu en dis est très, très juste et me semble parfaitement résumer l'œuvre de Courant (ce mélange de dispositif et d'"accidents", ce côté très "ouvert" qui offre au spectateur le loisir de s'intéresser à des détails, à saisir des différences malgré le côté "répétitif" des dispositifs...) 
J'aime bien aussi ce que tu dis à propos de la "leçon de cinéma" car il n'est pas rare que certains cinéastes à la lisière de l'expérimental se contentent de poser leur caméra et d'enregistrer ce qui passe devant l'objectif sans véritable regard. Or même s'il tourne avec des moyens dérisoires des films parfois très conceptuels, il me semble qu'il y a toujours du "cinéma" chez Courant (même quand il tourne avec son portable). Ça méritait d'être souligné...

Écrit par : Dr Orlof, 27 février 2011.

(...) Quant à 24 Passions, cela ne m'a pas ennuyé une seule seconde, malgré son principe de départ, et c'est sans doute la preuve, effectivement, qu'il y a beaucoup plus de "cinéma" que l'on pourrait penser au premier abord.
 Sur ce, je vais prendre un peu de temps pour (re)lire ce que tu as écrit par chez toi sur tous ces titres...

Écrit par : Edouard Sivière, 27 février 2011.

(Édouard Sivière, Le Blog Nightswimming, 27 février 2011)



CEREMONIA

Esta proyección hacia nuevas formas, este desmonte perpetuo, se inscribe a menudo en temáticas tradicionales, no exentas de disciplina histórica –pensamos por ejemplo en 24 Passions– y a veces ligadas a la propia infancia, como en Inventaire filmé des rues de la Croix-Rousse (usted nació en Lyon) o incluso Promenade dans les lieux de mon enfance dijonnaise

En cuanto a 24 Passions (1980-2003), la película es un «via crucis» que tiene lugar el Viernes Santo de cada año en Burzet (región de Ardèche). Las veinticuatro pasiones coresponden a los veinticuatro primeros años que he filmado, entre 1980 y 2003. ¿Y por qué este pueblo? Simplemente porque, tanto por parte de mi padre como de mi madre, mi familia proviene de Ardèche y, durante mi infancia, cada año oía hablar de este peregrinaje. Se hablaba mucho en la prensa. El Viernes Santo, había siempre una foto del Cristo interpretado por un lugareño en la portada del diario local, el Dauphine libéré.

Por supuesto, si este ritual no me hubiera interesado, si no me hubiera seducido por su aspecto technicolor y su aspecto filme bíblico, no habría hecho esta película. Pero cuando lo descubrí en 1980, cámara en mano, quedé asombrado por la belleza de los trajes y por la belleza del paisaje volcánico y árido de esta región del Macizo Central. En pocas palabras, quedé embaucado por este ritual que además cuenta con más de siete siglos de existencia.

Al realizar 24 Passions, pensaba haber acabado con esta ceremonia de Burzet. Pero en 2004 volví para mostrar la película en Aubenas, la única ciudad vecina donde aún existe un cine, un Jueves Santo. Y, al estar allí, aproveché para filmar de nuevo esa reconstitución de la Pasión. En adelante, atrapado por mi propio juego, continué haciéndolo.

(Declaraciones recogidas por Nicolas Bohler en Buenos Aires el 21 de abril de 2012. Traducido del francés por Miguel Armas. elumiere.net)



RITUEL

Cette projection vers de nouvelles formes, ce perpétuel défrichage, s’inscrit souvent dans des thématiques traditionelles, non dépourvues de discipline historique – on songe à 24 Passions par exemple – et parfois même liées à la propre enfance, comme dans Inventaire filmé des rues de la Croix-Rousse (vous êtes né à Lyon) ou encore Promenade dans les lieux de mon enfance dijonnaise…

Quant à 24 passions (1980-2003), le film est un chemin de croix qui a lieu chaque année le Vendredi Saint à Burzet, en Ardèche. Les vingt-quatre passions correspondent aux vingt-quatre premières années que j’ai filmées entre 1980 et 2003. Et pourquoi ce village ? Tout simplement parce que, aussi bien du côté de mon père que de ma mère, j’ai des origines ardéchoises et que, pendant mon enfance, j’entendais parler chaque année de ce pélerinage. On en parlait beaucoup dans la presse. Le jour du Vendredi Saint, il y avait une grande photo du Christ interprété par un villageois en première page du quotiden local, le Dauphiné libéré.

Bien entendu, si ce rituel ne m’avait pas intéressé, s’il ne m’avait pas séduit pas son côté technicolor et par son côté film biblique, je n’aurais jamais fait ce film. Mais quand je l’ai découvert en 1980, caméra à la main, j’ai été stupéfait par la beauté des costumes et par la beauté du décor montagneux volcanique et aride de cette région du Massif Central. Bref, j’ai été bluffé par ce rituel qui en est à plus de sept siècles d’existence.

En réalisant 24 Passions, je pensais en avoir fini avec ce cérémonial de Burzet. Mais en 2004, je suis retourné dans ce village pour y montrer le film à Aubenas, la seule ville voisine où il existe encore un cinéma, le jour du Jeudi Saint. Et, étant sur place, j’en ai profité pour filmer à nouveau cette reconstitution de la Passion. Ensuite, pris à mon propre jeu, j’ai continué.

(Propos recueillis par Nicolas Bohler à Buenos Aires le 21 avril 2012. elumiere.net)



CINEMA NOVO

L’expression Cinéma Novo, désigne la mutation qui s’opère dans les années 1950 dans le cinéma brésilien. Cette nouvelle tendance est marquée par l’influence du courant néo-réaliste italien. Avec l’arrivée de la télévision et pour concurrencer l’industrie hollywoodienne, les cinéastes décidèrent de descendre leur caméra dans la rue. Il était important de traduire les grandes préoccupations sociales et culturelles du Brésil. Cette nouvelle manière d’appréhender le cinéma a conduit à une nouvelle forme d’écriture cinématographique. Libéré par les codes du cinéma dit classique, le cinéma se met alors au service de la conscience populaire. Il s’agit de l’idée d’une œuvre ouverte, une sorte d’invitation à la création pour le spectateur. L’œuvre à autant de formes et de possibilités qu’il y a de spectateurs, chacun est libre de créer sa propre œuvre. Une nouvelle fois dans cette idée, d’ouverture, d’intervention du spectateur dans le processus de réalisation, le cinéma tisse un lien étroit avec le monde des arts plastiques. Nous pouvons ainsi citer l’artiste peintre brésilien Lygia Clark, ses œuvres s’insèrent dans le mouvement constructivistes et le mouvement de l’art néo-concret. Il modifie le statut de spectateur en lui attribuant le rôle de participant et peut ainsi interagir directement avec les œuvres. Les œuvres sont alors dépourvues de cadre, et s’inscrivent dans un espace non délimité. L’œuvre mais aussi l’espace d’exposition, de projection se construisent par le spectateur lui-même. Gérard Courant rejoint cette mouvance, il abolit les limites des structures spatiales, et conçoit ainsi le cinéma comme un lieu de partage, comme l’accomplissement d’un acte collectif. Le cinéaste donne alors au cinéma une fonction communautaire et interpelle de ce fait la réalité. Avec la série Cinématon, Gérard Courant annonçait déjà cette idée de construction de son œuvre par le spectateur et par le cinématoné lui-même. De cette série découle d’autres séries comme Couple, Portrait de groupe, qui se calquent sur le même principe que Cinématon. L’espace se construit et s’appréhende par le prisme de celui qui regarde. Mais toujours dans ce contexte des années 1950 et du Cinéma Novo, on constate tout comme l’a pu faire le néo-réalisme italien, la caméra va à la rencontre de la vie, le cinéma devient l’art des rues. Nous allons voir apparaître de plus en plus la mise en scène des manifestations populaires. Le contexte social devient un élément important dans la construction et dans l’évolution de l’œuvre. Nous pourrions citer 24 Passions de Gérard Courant, il rend ainsi un hommage au temps et à la mémoire, il nous livre ici un témoignage qui à l’échelle planétaire est des moindres mais qui pour ces acteurs d’un jour à un impact des plus grands. C’est sans doute l’une des œuvres les plus plastiques du cinéaste. Dès le début, nous avons la sensation d’être plongé dans une sorte de peinture primitive avec des couleurs, passées, délavées qui ne font que pousser l’œuvre du cinéaste dans son origine, les origines du cinématographe. Gérard Courant institue une dimension très graphique dans son œuvre, comme dans Cœur bleu où il joue sur les rimes visuelles. Pendant 24 années, il filme la même cérémonie. Il filme ainsi d’années en années les mêmes scènes avec les mêmes plans, notamment le visage du Christ en gros plan. Une nouvelle fois, le visage et l’émotion qui peut s’en dégager est mis en avant et propulsé au premier plan, créant ainsi un portrait dans le portrait. La dimension sérielle est aussi à souligner ici. Comme elle l’est de manière générale dans le cinéma expérimental. Gérard Courant filme le monde de façon sérielle. Le travail de série est récurrent dans les travaux de Gérard Courant. On pense de suite à Cinématon, mais il faut aussi y voir un parallèle avec les arts plastiques où la dimension sérielle est importante. Dans la démarche, le cinéaste se rapproche de cette notion de répétition, toutefois seule la structure, le cahier des charges et le même pour toutes les œuvres issues de séries, car chaque « film » est indépendant. L’art de Gérard Courant mais aussi l’art du Cinéma Novo semble basculer dans la quotidienneté. C’est une manière d’explorer toutes les formes de la banalité, afin de créer une essence plastique des plus complexes.

(Estelle Pajot, L’oeuvre filmée de Gérard Courant, Université de Bourgogne, UFR Sciences Humaines et Sociales, Département Histoire de l’Art et Archéologie, sous la direction d’Isabelle Marinone, 2014)



AUTENTICO CINE-POEMA

“Em palavras muito simples e pobres:
não creio que Cristo seja filho de Deus,
porque não sou crente – pelo menos na consciência.
Mas creio que Cristo é divino:
creio que nele a humanidade é tão alta, rigorosa e ideal
que vai além dos termos comuns da humanidade.
Por isto falo em “poesia”: instrumento irracional
para traduzir este meu sentimento irracional por Cristo”.

Pier Paolo Pasolini,
numa carta de 1963 a um membro
da comunidade Pro Civitate Christiana

Em muitos países ou regiões de cultura católica (os protestantes são demasiado puritanos e desprovidos de sentido do espetáculo) há representações populares da Paixão de Jesus Cristo, geralmente com periodicidade regular. A mais célebre é a de Oberammergau, na Baviera, que é representada a cada dez anos, ao longo de um período de cinco meses, desde o início do século XVII. Na aldeia francesa de Burzet, na região da Ardèche, há uma representação todos os anos desde o século XIII. A representação da Paixão de Cristo em filmes de ficção é um género tão antigo quanto o cinema, data de cerca de 1900. Entre os filmes documentários (à falta de palavra melhor) sobre o tema o mais célebre é Acto da Primavera, de Manoel de Oliveira, que também é uma das obras-primas incontestáveis do realizador. Mas muitos outros foram ou são feitos, em diversos países, onde há representações populares da Paixão.

Gérard Courant, que trabalha com séries de filmes ou filmes em série, realizou ao longo de vinte e quatro anos uma série de filmes sobre a representação da Paixão em Burzet, que posteriormente se transformou na longa-metragem que vamos ver. Em 1980, Courant teve a curiosidade de assistir a esta Paixão, cuja existência conhecia, mas que nunca vira. Ficou “surpreendido com o espetáculo” e teve a sensação “de estar num grande filme bíblico de Hollywood dos anos 50. Fiquei impressionado com a beleza das cores, das roupagens, dignas do Technicolor e pela justeza do tom dos atores” (o primeiro filme que Courant viu sozinho em criança foi precisamente um daqueles grandes filme bíblicos de Hollywood: Os Dez Mandamentos, de Cecil B DeMille; ficou “apavorado” e fugiu do cinema no intervalo). Naturalmente, Courant filmou a primeira representação na Ardèche a que assistiu e deu-se o desafio de filmar aquela Paixão durante dez anos, que acabaram se estendendo a vinte e quatro. Durante este quase quarto de século, Courant financiou sozinho o projeto. Em 2002, achou que seria boa ideia fazer uma longa-metragem com este material, obteve um subsídio do Centro Nacional da Cinematografia e umas das mais conhecidas produtoras francesas de documentários levou o projeto para a frente.

O resultado é uma síntese de vinte e quatro anos de trabalho, numa elaborada montagem, que absolutamente nada tem de uma simples compilação. Basta ter em mente que cada episódio anual original tinha uma duração que oscilava entre dez e quinze minutos e 24 Passions tem setenta. Ao trabalhar com a montadora, Courant sentiu-se “como um músico diante de uma partitura” e a montagem procurou dar relevo a uma grande quantidade de pormenores, de maneira a sublinhar a discreta variedade de um espetáculo cujo desenrolar é predeterminado de maneira estrita. Courant filmou com som direto e todos os sons foram trabalhados em estúdio, “para dar forma a uma partitura sonora original (preces, salmos, voz do centurião…) gravados durante as procissões. Por isto, embora não tenha música, o filme tem uma estrutura muito musical. A partir de motivos muito próximos, há uma variedade infinita de variações”. Apesar dos episódios terem sido originalmente difundidos em 35 mm, Gérard Courant filmou em Super-8 e, por conseguinte, em película Kodachrome, “próxima das cores do Technicolor e dos quadros sobre a Paixão” que ele via na igreja, em criança enquanto se entediava na missa de Domingo: “é evidente que eu nunca teria obtido imagens com esta qualidade pictural se tivesse utilizado outro tipo de película”. Como todos os verdadeiros artesãos (do cinema), Gérard Courant trabalha de perto a matéria-prima dos seus filmes, como um marceneiro escolhe trabalha uma madeira. Ao longo dos anos, trabalhou com cinco câmaras diferentes, para obter matizes ligeiramente diferentes entre cada episódio. No primeiro ano, para tentar evocar a luz da Palestina, fez a experiência de sobre-expor ligeiramente a película (contrariamente ao que se poderia pensar, o material de origem não se deteriorou) e em 1998 filmou em velocidade acelerada, “para quebrar o eventual rame-rame”. Mas estas foram as únicas intervenções que praticou sobre a literalidade da imagem cinematográfica. Sabemos desde de 28 de Dezembro de 1895 que o acaso é um elemento constitutivo do cinema e alguns elementos do acaso intervieram ao longo do tempo em Burzet, como um ano em que a chuva impediu que se encenasse a crucifixão ou outro em que uma inesperada neve quase impediu que o realizador chegasse a tempo à aldeia. Neste filme sobre algo que é repetido e reiterado, em que os mesmos gestos e as mesmas palavras se repetem, quase sempre com os mesmos atores (apenas dois atores diferentes encarnaram Jesus ao longo de vinte e quatro anos), Courant introduz uma certa variedade de ângulos e de escala de planos, põe-se a meio da multidão ou de fora, filma em grande plano ou em plano geral, concentrando-se exclusivamente no espaço, na representação e nos atores. E este espaço não é dos mais fáceis, é estreito, íngreme e cheio de gente. Não vemos nunca os bastidores, os ensaios, a confecção dos trajes: Courant não informa, nem ilustra, observa e mostra. Os textos de sabor bíblico (“O meu sangue pecador jorra ardente”) que anunciam cada episódio são tirados da tradução francesa de Parsifal, de Wagner e já serviam de subtítulo a cada um dos episódios, antes destes serem reunidos. Estes intertítulos tem um papel importante na estruturação de 24 Passions, como contraponto das imagens, que repetem as mesmas cenas, mas são introduzidas por textos sempre diferentes, que criam um crescendo, na evocação de um episódio altamente dramático, no duplo sentido de teatral e comovente. Os setenta minutos do filme têm um autêntico fluxo narrativo, como se as peripécias se alterassem, embora tudo se baseie na repetição. Não estamos num documentário no sentido estrito do termo (embora a noção de documentário seja cada vez menos estrita) nem, evidentemente, numa ficção. Nem estamos inteiramente uma peça conceptual, embora o filme o seja em parte, pois é organizado à volta da cifra 24: Courant filmou durante vinte e quatro anos, o cinema é filmado e projetado a vinte e quatro imagens por segundo (ao passo que o vídeo é-o a vinte e cinco) e a Paixão de Cristo tem vinte e quatro estações. Por conseguinte, também é um filme sobre o cinema. Ter em conta este aspecto conceptual do filme, que entra num esquema perfeito, muito à francesa, é necessário para perceber 24 Passions, mas não basta, porque uma obra puramente conceptual não tem existência física. 24 Passions, autêntico cine-poema faz apelo à capacidade do espectador de olhar com atenção (rostos, adereços, movimentos, paisagens), mas também o emociona, ainda que ele seja ateu, como qualquer representação artística do drama da Paixão que tenha autenticidade e integridade.

(Antonio Rodrigues, Cinemateca Portuguesa, 21 de Junho de 2017)



AUTHENTIQUE CINÉ-POÈME

“Pour me servir de mots très simples et très pauvres :
Je ne crois pas que le Christ soit le fils de Dieu,
parce que je ne suis pas croyant – du moins de manière consciente.
Mais je crois que le Christ est divin:
je crois que chez lui l’humanité est si haute, rigoureuse et idéale
qu’elle dépasse les termes communs de l’humanité.
C’est pourquoi je parle de «poésie» : un instrument rationnel
pour traduire mon sentiment irrationnel envers le Christ”

Pier Paolo Pasolini,
dans une lettre de 1963 à un membre
de la communauté Pro Civitate Christana, à Assise.

Dans de nombreux pays de culture catholique (les protestants sont trop puritains et trop dépourvus du sens du spectacle) il y a des représentations populaires de la Passion de Jésus-Christ, qui sont généralement mises en scène avec une périodicité régulière. La plus célèbre est celle d’Oberammergau, en Bavière, qui est jouée tous les dix ans, pendant une période de cinq mois, depuis le début du XVIIe siècle. Dans le village de Burzet, en Ardèche, il y a une représentation annuelle de la Passion depuis le XIIIe siècle. Quant à la représentation de la Passion dans des films de fiction, c’est un genre aussi ancien que le cinéma, elle date d’environ 1900. Parmi les documentaires (faute d’un meilleur terme) sur le thème, le plus célèbre est L’Acte du Printemps (ou Le Mystère du Printemps), de Manoel de Oliveira, qui est sans doute un des chefs-d’oeuvre incontestables du réalisateur. Mais de nombreux autres documentaires sur le thème ont été faits, dans divers pays où il y a des représentations populaires de la Passion.

Gérard Courant, qui travaille sur des séries de films et sur des films en série, a réalisé au long de vingt-quatre ans une série de films sur la représentation de la Passion à Burzet, qu’il a transformé ultérieurement dans le long-métrage que nous allons voir. En 1980, Courant a eu la curiosité d’assister à cette Passion, dont il connaissait l’existence, mais qu’il n’avait jamais vue. Il a été «surpris par le spectacle» et a eu la sensation «d’être dans un grand film biblique de Hollywood des années 50. J’ai été impressionné par la beauté des couleurs, des costumes, dignes du Technicolor et par la justesse du ton des acteurs» (le premier film que Courant a vu tout seul dans son enfance a été précisément un grand film biblique d’Hollywood : Les Dix Commandements, de Cecil B DeMlle ; il a été «effrayé» et s’est enfui du cinéma à l’entr’acte). Naturellement, Courant a filmé la première représentation en Ardèche à laquelle il a assisté et s’est donné le défi de filmer cette Passion pendant dix ans, qui ont fini par s’étendre sur vingt-quatre. Pendant ce presque quart de siècle, il a financé lui-même le projet. En 2002, il lui a semblé qu’il serait une bonne idée de faire un long-métrage avec ce matériel. Il a obtenu une subvention du Centre National de la Cinématographie et une des maisons de productions françaises les plus connues dans le domaine du documentaire a mené le projet à bien.

Le résultat est une synthèse de vingt-quatre ans de travail, dans un montage élaboré, qui n’a rien d’une simple compilation. Il suffit de remarquer que chaque épisode original avait une durée comprise entre dix et quinze minutes et que 24 Passions a une durée de soixant-dix minutes. En travaillant avec sa monteuse, Courant s’est senti «comme un musicien devant une partition» et le montage a essayé de mettre en relief une grande quantité de détails, de manière à souligner la discrète variété d’un spectacle dont le déroulement est prédéterminé de manière stricte. Courant a filmé en son direct et tous les sons ont été travaillés en studio, «pour donner forme à une partition sonore originale (prières, psaumes, voix du centurion...) enregistrés pendant les processions. Pour cela, bien qu’il n’y ait pas de musique, le film a une structure très musicale. À partir de motifs très proches, il y a une variété infinie de variations». Bien que les épisodes originaux aient été montrés originalement en 35 mm, Courant les a tournés en Super-8, par conséquent en pellicule Kodachrome, «proche des couleurs du Technicolor et des tableaux sur la Passion» qu’il voyait à l’église dans son enfance, pendant qu’il s’ennuyait à la messe du Dimanche : «il est évident que je n’aurais pas obtenu des images d’une telle qualité picturale si j’avais utilisé une autre pellicule». Comme tous les véritables artisans (du cinéma), Courant travaille de près la matière-première de ses films, comme un ébéniste choisit et travaille un bois. Au long des années, il a travaillé avec cinq caméras différentes, pour obtenir des nuances légèrement différentes entre chaque épisode. La première année, pour essayer d’évoquer la lumière de Palestine, il a fait l’expérience de surexposer légèrement la pellicule (contrairement à ce qu’on pourrait penser, la matériel d’origine ne s’est pas dégradé) et en 1998 il a filmé en vitesse accélérée, «pour éviter l’éventuel train-train». Mais ce sont les seules interventions qu’il a pratiquées sur la littéralité de l’image cinématographique. Nous savons depuis le 28 Décembre 1895 que le hasard est un élément constitutif du cinéma et certains éléments dûs au hasard sont intervenus au fil des années à Burzet, comme une année où la pluie a empêché la crucifixion ou une autre où une chute de neige inattendue a failli empêcher le réalisateur d’arriver à temps. Dans ce film sur quelque chose qui est répété et réitéré, presque toujours avec les mêmes personnes (deux acteurs seulement ont joué le rôle du Christ au long de vingt-quatre ans), Courant introduit une certaine variété dans les angles de prise de vue et dans l’échelle des plans : il se place au milieu de la foule ou en-dehors, filme en gros plan ou en plan général, se concentrant exclusivement sur l’espace, sur la représentation ou sur les acteurs. Et cet espace n’est pas des plus commodes, il est étroit, en pente et rempli par une foule. Nous ne voyons jamais les coulisses, les répétitions ou la confection des costumes: Courant n’informe pas et n’illustre pas, il observe et montre. Les textes au ton biblique («Mon sang pécheur jaillit ardent») qui annoncent chaque épisode sont tirés de la traduction française de Parsifal de Wagner et servaient déjà de sous-titres à chaque épisode, avant que ceux-ci ne soient réunis. Ces intertitres ont un rôle important dans la structuration de 24 Passions, comme un contrepoint aux images, où les mêmes scènes se répétent, mais sont introduites par des textes différents, qui créent un crescendo fortement dramatique, dans le double sens du mot, théâtral et émouvant. Les soixante-dix minutes du film ont un véritable flux narratif, comme si les péripéties se modifiaient, bien que tout soit basé sur la répétition. Nous ne sommes pas dans un documentaire au sens strict (bien que notion de documentaire soit de moins en moins stricte), ni bien évidemment dans une fiction. Et nous ne sommes pas tout à fait dans une pièce conceptuelle, bien que le film le soit en partie, car il est organisé autour du chiffre 24 : Courant a filmé pendant vingt-quatre ans, le cinéma est tourné et projeté à vingt-quatre images par seconde (tandis que la vidéo l’est à vingt-cinq) et la Passion du Christ a vingt-quatre stations. Il est nécessaire de tenir compte de cet aspect conceptuel du film, qui rentre dans un schéma parfait, très français, pour le comprendre, mais cela ne suffit pas, parce qu’une oeuvre purement conceptuelle n’a pas d’existence physique. 24 Passions, authentique ciné-poème, fait appel à la capacité du spectateur de regarder avec attention (les visages, les parures, les mouvements, les paysages), mais le film émeut également, même si le spectateur n’est pas croyant, comme c’est le cas de toute représentation du drame de la Passion qui ait de l’authenticité et de l’intégrité.

(Antonio Rodrigues, Cinemateca Portuguesa, 21 juin 2017)



ADMIRABLE

A little interesting work of filming and editing compromises the adventure of filming, which in itself is admirable - a long work in time, which still continues, now on video. But the formal options do not exactly measure or gives form to the whole odyssey of filming.

(José Neves, Mubi, 21 juin 2017)

 


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