SAUTE MA VILLE de CHANTAL AKERMAN.

La Petite quinzaine, n° 33, 18 mai 1978.

Saute ma ville est le premier film de Chantal Akerman, réalisé en 1968 dans un format démentiel, démesuré, suicidaire pour une débutante (elle avait alors dix-huit ans), le format des cinéastes « installés » : le 35 mm. Un film pondu dans une totale insouciance, en dehors de toutes les règles du cinéma. Soyons encore plus précis : un film qui s’est réalisé (façon de parler) tout seul, sorti tout droit du corps de la cinéaste. Bien que Saute ma ville ne possède ni les soucis formels de ses films postérieurs, ni leur force, cette entrée dans le cinéma n’en demeure pas moins une violente cicatrice dans sa vie d’adolescente que rendent admirablement bien certaines saynètes. Je pense évidemment à la séance du cirage où cette substance déborde de la chaussure pour s’étendre sur les jambes de la comédienne Chantal Akerman ou bien, celle de la crème, éjaculant sur son visage, qui se termine dans un orgasme schizophrénique. Cette folie de la mise en scène nous place devant une évidence : Saute ma ville est un premier film brut, qui, d’entrée, révèle une cinéaste. Un premier jalon est lancé. Jeanne Dielman se profile à l’horizon.

Gérard Courant.

 


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