GÉRARD COURANT EN TOUTE LIBERTÉ.

Jean Roy, L’Humanité, 14 juin 2000.

Le festival Côté Court de Pantin bat son plein. Aux côtés d’un large programme de compétitions, l’hommage rendu à l’auteur des Cinématons permet la découverte du plus long film de l’histoire du cinéma.
Parfois, en cherchant bien, on peut trouver des lieux tapis dans l’ombre des multiplexes, où l’on voit du cinéma. Pas des films formatés d’environ deux heures, tournés en 35 mm avec des vedettes qui nous font rêver, mais bien du cinéma, des images, à l’occasion des sons mais pas toujours, qui ne doivent rien à personne sinon à la liberté souveraine de leur auteur. Ainsi du cinéma de Gérard Courant qui, en ce mois de juin, essaime du Ciné 104 et de la bibliothèque Elsa–Triolet à Pantin jusqu’au Cin’Hoche à Bagnolet, au République à Paris et à la Cinémathèque française.
Au Ciné 104, on peut voir en continuité sous chapiteau jusqu’à samedi Cinématons, film le plus long de l’histoire du cinéma, dont le tournage se poursuit sans cesse depuis 1978. Il s’agit d’une suite d’autoportraits muets, dont chacun, en un unique plan fixe, dure trois minutes et vingt secondes, soit une bobine de super–huit. Le premier s’appelle Madame ma concierge. Depuis, tout le monde y est passé. Serge Daney a le numéro 67, Joseph Losey le 76, Manoel de Oliveira le 102, Jean–Luc Godard, le 106, Youssef Chahine le 133, Philippe Garrel le 193, Sandrine Bonnaire le 238, Wim Wenders le 212, Philippe Sollers le 314, Olivier Assayas le 435, André Téchiné le 526, Samuel Fuller le 602, Richard Bohringer le 615, Gérard Courant lui–même les 1000 et 1001, Sergueï Paradjanov le 1084, Paul Carpita le 1441... Ce qui pouvait relever du gag au début s’est muet, constance aidant, en la plus étonnante mémoire qu’on puisse imaginer, parfois drôle, à l’occasion impudique, toujours révélatrice du temps qui s’est écoulé comme de la personnalité de chacun. Jusqu’à samedi, à la bibliothèque Elsa–Triolet (qu’on trouve, comme le Ciné 104, au 104, avenue Jean Lolive, à Pantin), on peut aussi assister à l’intégrale à ce jour de la série Lire, soit cinquante–sept portraits, totalisant 4 heures de projection, dans lesquels des écrivains — toujours dans les trois minutes et vingt secondes d’une bobine de super–huit — lisent le début de leur dernier livre. Ainsi Félix Guattari donne Genet retrouvé, Fernando Arrabal Humbles paradis ou Michel Déon La Montée du soir.
Pour ceux que les intégrales effraient, une sélection de dix Cinématons et de dix Lire, ainsi que d’autres titres, sera présentée demain jeudi à 20 heures au Cin’Hoche (rue Hoche, à Bagnolet) ; une sélection de quinze Cinématons, cinq films de la série Couples (même principe) et Passion II : Tu vois, mon fils, l’espace ici naît du temps (un épisode réalisé chaque vendredi saint à Burzet, dans l’Ardèche) est aussi montrée ce vendredi à 20 heures au République (18, rue du Faubourg–du–Temple, à Paris), d’autres rendez–vous étant fixés le 20 juin à la Cinémathèque de Chaillot, les 22 juin et 1er juillet à la Cinémathèque Grands–Boulevards. Tout ceci vous donnera un modeste aperçu du plus indépendant et du plus foisonnant de nos expérimentateurs. Sa filmographie commence dans le court métrage en 1976 avec Marilyn, Guy Lux et les nonnes (16 mm, 9 minutes) et dans le long métrage l’année suivante avec Urgent ou à quoi bon exécuter des projets puisque le projet est en lui–même une jouissance suffisante (16 mm, 90 mn). Elle se poursuit sur des pages et des pages. Qui a cru croiser Gérard Courant sans caméra à la main a rencontré son sosie.

 


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