ROGER LEENHARDT N’EST PLUS.

Cinéma 85, n° 333, 11 décembre 1985.

Roger Leenhardt, l’auteur des Dernières vacances, est mort ce mercredi 4 décembre à quatre–vingt–deux ans. « Père spirituel de la Nouvelle Vague », comme l’avait clamé, jadis, les Cahiers du cinéma, auteur de nombreux courts métrages, fondateur (avec Jean Cocteau et Robert Bresson) du ciné–club Objectif 49, Roger Leenhardt était une personnalité fort appréciée et à part dans le milieu du cinéma.

Il débute en 1933 par un court métrage, Lettre de Paris et, tout en continuant son activité de cinéaste, écrit des textes sur le cinéma (notamment dans Esprit, Les Lettres françaises, L’Écran français) qui auront un impact certain sur de jeunes cinéphiles comme André Bazin ou François Truffaut.

À ce propos, nous sommes heureux d’apprendre que, dans le courant de 1986, les Cahiers du cinéma éditeront un ouvrage rassemblant les meilleurs critiques et les meilleurs textes sur le cinéma de cet intellectuel érudit. Ce livre sera l’occasion de (re)découvrir ses textes brillants et pétillants qui étonneront par leur immense culture et leur modernité.

C’est en 1947 qu’il réalise Les Dernières vacances qui fait de ce film (avec Le Silence de la mer de Jean–Pierre Melville) l’un des films précurseurs de la Nouvelle Vague.

Il était l’ami de tous les cinéastes qui changèrent le vieux cinéma en cinéma moderne. On se souvient de sa subtile interprétation dans Une femme mariée (dans la partie, joli clin d’oeil godardien, « L’Intelligence »). Plus tard, Jean–Luc Godard se fâcha avec lui quand il refusa de signer la pétition de soutien à Henri Langlois, limogé par André Malraux de la Cinémathèque. Godard le traita alors de « fasciste ». À tort, évidemment. Depuis cette époque confuse, Roger Leenhardt avait pris un peu de champs et s’était réfugié dans sa région montpelliéraine. (Il réalisa ses deux derniers films en 1966 : Le Coeur de la France et Le Beatnik et le minet).

Roger Leenhardt était un personnage pas comme les autres. Il n’avait réalisé que deux longs métrages (le second est Les Rendez–vous de minuit en 1962), pendant que ses héritiers Claude, François ou Jean–Luc alignaient films sur films, mais sa production de films courts était immense. (On parle d’environ 60 réalisations sans compter un nombre aussi important de productions). Qu’on se souvienne de son Naissance du cinéma (réalisé en 1945) qui est un classique sur les débuts du septième art. Un film à montrer à tous les étudiants en cinéma.

En 1979, il avait publié une autobiographie passionnante et savoureuse, Les Yeux ouverts. Ce fut son dernier acte de création.

 


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