ULYSSE LAUGIER N’EST PLUS.

Cinéma 85, n° 326, 23 octobre 1985.

Gravement malade depuis quelques mois, le réalisateur Ulysse Laugier vient de mourir à 41 ans. Peu connu du grand public, Ulysse Laugier était en revanche un familier et un personnage aimé de tous les amoureux du septième art pour qui le cinéma reste « un ruban de rêves » (dixit Orson Welles). Il était cinéaste, écrivain et producteur d’un bon nombre des meilleurs courts métrages français de ces dernières années.

Comme écrivain, il avait publié aux éditions Ruptures Le Poisson oxyrrhynque et Le feu grégeois. Comme cinéaste, il a réalisé, vingt–huit films, dont un long métrage, en 1979 (8 h 15 ou je me sens mâle comme si j’étais Humphrey Bogart), et un film expérimental très personnel, poétique et fantastique : Bewa Line ou l’odyssée travestie (1977, 56 minutes). Il tourna également de nombreux travaux pour l’Institut National de l’Audiovisuel, dont La Leçon de cinéma : Nestor Almendros et Le Trait (sur le chef d’oeuvre d’un compagnon charpentier).

Mais c’est surtout en tant que producteur et ami de nombre de jeunes réalisateurs qu’Ulysse Laugier était particulièrement apprécié. Il a produit trente–quatre courts métrages et permis à toute une nouvelle génération de s’exprimer, de faire ses premiers films et de mettre un premier pied dans cette fantastique « usine à rêves » qu’est le cinéma. Quelques–uns des courts métrages qu’il a ainsi produits ont révélé des talents nouveaux et reçus des quantités de distinctions. Citons notamment Une fille d’Henri Herré, Sur le quai de Robert Cahen, Rue Tartarin d’Okacha Touita, Star Suburb (Banlieue des étoiles) de Stéphane Drouot, L’Invité de Guy Jacques, La Fabuleuse histoire de Josette de Bruno Decharme ou Éponine de Michel Chion.

Enfin, Ulysse Laugier a beaucoup travaillé avec son ami Patrick Bokanowski, sur La Femme qui se poudre et L’Ange, deux bijoux qui fusionnent dessin, gravure, peinture, animation, musique contemporaine (de Michèle Bokanowski) et pur cinéma.

« Le jour de ma mort, mon dernier souffle sera un malentendu », disait Ulysse. Nous l’entendons encore...

 


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