APRÈS JEAN–LUC GODARD, GEORGES LE GLOUPIER VEUT ENTARTER PHILIPPE SOLLERS OU : LES MÉDIAS C’EST PAS DE LA TARTE.

Cinéma 85, n° 0, supplément au n° 319/320, 17 juillet 1985.

Quel a été l’événement médiatique numéro 1 du dernier festival de Cannes ?

La tarte à la crème envoyée par Georges Le Gloupier sur la poire de Jean–Luc Godard. Les images d’Antenne 2 et du lanceur de tarte ont été reprises dans le monde entier et la presse écrite s’est étalée dans de longs commentaires avec, à l’appui, des photographies de « l’entartement » du réalisateur de Détective dont le film, les jours suivants, en a profité pour augmenter considérablement son nombre d’entrées.
Coutumier du fait, puisque Marco Ferreri, Marguerite Duras et Maurice Béjart avaient déjà été, dans le passé, la cible de ce terroriste macksennettien, Le Gloupier annonçait dernièrement dans les magazines Actuel et l’Événement du jeudi, « l’entartement » prochain de Philippe Sollers. Où ? Comment ? Top secret. Une lecture attentive de son livret–poème Ode à l’attentat pâtissier (éditions Deleatur, B.P. 2233, 49022 Angers cedex, 10 francs, édition originale numérotée), entièrement écrit en alexandrin ! — à mourir de rire ! — apportera peut–être une réponse pâtissière.
Pièce à verser à ce dossier, le principal mensuel belge de cinéma, Visions, fait toute la lumière sur l’affaire Godard–Le Gloupier. En effet, les médias ont tellement déformé le génial attentat pâtissier de Le Gloupier qu’il était important, même brièvement et quelques semaines plus tard, de revenir sur cet acte et tenter d’établir la vérité. On parla de disciple de Monseigneur Lefèvre (dans la presse italienne ! !) ou d’acte organisé par Godard lui–même (dans l’Huma et le Parisien) sans qu’aucune preuve sérieuse, on s’en doute, ne soit avancé. Pour être complet, signalons que la crème était une authentique chantilly — j’ai pu le vérifier moi–même dans les actualités diffusées sur TF1 — et non une crème à raser comme l’affirmèrent la plupart des publications, Libération en tête. Au vu des images, j’ai découvert Godard se pourléchant les doigts et dégustant cette crème avec une certaine délectation.
Conclusion : les gestes de Le Gloupier ne sont pas innocents. Ils sont inscrits dans une stratégie au long cours où tous ceux et toutes celles qui se prennent pour autre chose que ce qu’ils sont seront des cibles potentielles. De plus, pour ce dernier personnage burlesque du cinéma, chaque « entartement » est un hommage au cinéma muet. Dans ces années 80 où s’est installée la morosité, on rêve d’une multiplication de tels gestes qui donneraient à la vie de tous les jours, s’ils étaient multipliés, un supplément de drôlerie.
Le Gloupier vient d’être pressenti par le cinéma. Espérons qu’il acceptera cette offre qui le sortira d’un anonymat contraint et forcé... à moins qu’il nous prépare une nouvelle gloupinesquerie sur la personne de l’ami Philippe Sollers.

 


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