NICO HYPER–STAR

La Petite quinzaine, n°30, 26 avril 1978.

Cette rubrique aurait tout aussi bien pu s’appeler : « Nico ou l’éternel retour » car la chanteuse–comédienne ne cesse, depuis qu’elle est apparue dans les sunlights, de naître, de disparaître et de renaître.

Petit Flash–Back. Après son éblouissante apparition dans La Dolce Vita, le chef d’oeuvre de Federico Fellini, où elle éclairait de sa beauté germanique les nuits romaines felliniennes, elle avait totalement disparu de la scène cinématographique. On la retrouve à New York, au milieu des années 1960, lorsqu’elle fut élevée au rang d’hyper–star par Andy Warhol grâce à des films comme **** (ou Four stars), un film de vingt–cinq heures !, et I, a man, qui témoignent de cette épopée phosphorescente et fantastique. Pendant ces années, elle est aux côtés de Lou Reed et John Cale, avec le fameux Velvet Underground dont elle était plus que la chanteuse : un diamant qui, dix ans après, étincelle toujours de sa voix glacée et sereine.

Après Warhol et le Velvet Underground, ce fut une nouvelle naissance : elle rencontre Philippe Garrel et tourne, au début des années 1970, un flamboyant et déchirant film–culte, La Cicatrice intérieure. Elle est la compagne du « prince » de l’underground français dont elle est, depuis, l’inusable égérie.

En dix ans, Nico a traversé de sa beauté froide et sombre les sept derniers ciné–poèmes de Philippe Garrel et elle a édité quatre albums aux titres gothiques qui claquent sous les saphirs de nos pick up : The Chelsea Girls, Marble Index, Desert–Shore et The End. Un cinquième est annoncé que l’on attend comme un être cher.

Ces derniers jours, Nico chantait au Club Campagne Première à Paris (19, rue Campagne Première, Paris XIVe, métro Raspail, tél. : 322 75 93) dans une grande cave, à quelques mètres d’où l’ami Bébel se fit descendre dans le final d’À bout de souffle. Une authentique cave voûtée, en harmonie avec sa musique underground et gutturale. Deux ou trois cents fans s’étaient pressés autour d’elle, serrés comme dans le métro aux heures de pointe. Là, elle chantait ses meilleures chansons qu’elle entrecoupait de petites remarques pleines d’humour et de quelques gorgées de whisky avalées avec désinvolture. Parlant de l’une de ses chansons, elle s’esclaffe (les effets de l’alcool ?) : « Je ne me souviens plus si je l’ai déjà chanté, celle–là ». Ou encore, à propos de The End, elle lance au public, souveraine : « Est–ce que je m’arrêterai de la chanter un jour ? »

Et la fascination joue toujours comme aux plus beaux jours, de Janitor of Lunacy à It has not taken long. Sa voix nous emmène dans des espaces cosmiques illimités d’un romantisme froid et répétitif. La magie nous emporte, à la manière d’un raz–de–marée.

J’ai entendu dire que Nico était inégale sur scène. Soit. Lors de la soirée du 31 mars dernier, elle était détendue, gaie, la voix sûre et juste. Elle resplendissait avec une joie évidente de chanter et une volonté de communier avec son public. Elle était la même prêtresse que celle qui chantait dans la séquence lumineuse de la cathédrale de Reims d’Un ange passe, l’un des derniers opus garreliens. Elle avait autour d’elle son public fait sur–mesure, prêt à la suivre dans ses invocations et ses incantations, dans sa folle entreprise de nous faire voyager dans sa stratosphère alors que nous étions quelques mètres sous terre ! Le succès fut total, à tel point que les trois représentations des 30 et 31 mars et du 1er avril ont été prolongées. Magique Nico ! Nico hyperstar !

 


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