MARCEL HANOUN FAIT DU SUPER 8 (ENTRETIEN).

Cinéma 82, n° 281, mai 1982.

Auteur d’une douzaine de longs métrages depuis Une simple histoire (1957-58), Marcel Hanoun vient, à New York, non pas de découvrir, mais plutôt d’approfondir l’usage d’un support qu’il ne maîtrisait pas encore très bien : le Super 8. Avec cette « arme » nouvelle, Hanoun vient de filmer, coup sur coup, trois longs métrages. Le premier, comme opérateur du film de Nadia Verba, Eva’s Dreams, le second, Peu d’hommes, quelques femmes et, enfin, un film sur le sculpteur Canadien David Rabinovitch. Entre deux plans, posté derrière sa Beaulieu, à l’intérieur de l’un de ces gratte-ciels qui surplombent Downtown, Hanoun passe aux aveux.

Comment s’est passé ta rencontre avec le format Super 8 ?

Bien entendu, je connaissais le Super 8. Avant d’aller aux États-Unis, j’avais déjà tourné en Super 8. J’avais réalisé Le Pouvoir nucléaire, sur la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine et un film sur la campagne électorale de Nicole Questiaux, reporté en vidéo.

New York était le lieu idéal pour, véritablement, passer à l’acte...

... Bien sûr, c’est une ville où tout est possible.

Ne crains-tu pas que certains professionnels te prennent pour... disons, un égaré ?

Parlons des professionnels. Ils refusent le Super 8. Ils veulent être les possesseurs privilégiés d’un moyen qui pourrait leur échapper. À vrai dire, ils ont peur. Ils inventent des tabous, ils créent des obstacles techniques imaginaires pour conserver leur pouvoir.

Ceux qui ne connaissent pas le Super 8 disent que le son est mauvais.

Tabou. Le son en Super 8 est excellent. Aujourd’hui, la technologie est suffisamment au point pour échapper à cet amateurisme-là. Richard Leacock pourrait mieux t’en parler que moi.

La technique peut être très sophistiquée.

En Super 8, il existe des techniques qui n’existent pas 16 ou en 35. Je possède un micro qui, à plusieurs mètres de la caméra, peut la déclencher automatiquement. À tel point que, seul, j’ai la possibilité d’interviewer quelqu’un en étant à dix mètres de la caméra sans la présence d’un technicien. Je remplace le cameraman et le preneur de son. Les syndicats n’aiment pas ça !

Si tu te passionnes de la sorte pour le Super 8 c’est, j’imagine, que ce format possède d’autres avantages.

La légèreté, la maniabilité et, peut-être au-dessus de tout, la rapidité. Regarde le tournage avec Nadia Verba. Elle m’a parlé d’un projet et je lui ai dit : « Tournons-le en Super 8 ». En deux jours, on l’a décidé. En quatre jours, il était tourné.

Comment va-t-elle l’exploiter ?

En 35 mm. Actuellement, le film est gonflé en 35 mm à Rome. Et je t’assure que les essais sont magnifiques.

Si elle avait dû tourner en 35 mm, son film n’existerait peut-être pas.

Le Super 8 permet une spontanéité inouïe, une écriture directe. Il donne la possibilité d’exprimer des pulsions cinématographiques encore plus fortes que ne le permet la fausse aisance – la fosse d’aisance – de la vidéo.

Qu’as-tu contre la vidéo ?

Je n’ai rien du tout. Mais je suis contre l’idée que l’on se fait de la vidéo qui est un déversoir de faux talents pour de faux artistes. Une appellation me fait beaucoup rire : « Artiste vidéo ». Aujourd’hui, si on ne sait pas quoi faire, on devient « Artiste vidéo ».

La vidéo est une mode.

C’est un enjeu commercial. Il y a beaucoup d’argent à gagner avec la vidéo.

Bien utilisée, la vidéo peut rendre des services...

...Bien sûr. Elle peut être un instrument pédagogique pour préparer un tournage cinéma. Aux États-Unis et au Canada, il y a beaucoup de films Super 8, reportés en vidéo pour la diffusion à la télévision.

Les résultats sont excellents. Même Jean-Paul Fargier est obligé de le reconnaître.

Comme moi, tu as vu, au festival de Montréal les films Super 8 reportés en vidéo par l’équipe de Boston. C’est d’une qualité extraordinaire.

Comment vois-tu l’avenir ?

Il faut relancer le mouvement du Super 8 et détourner la vidéo de son image de gadget industriel et de fausse créativité.

Là-dessus, nous nous séparâmes...

Peu d’hommes, quelques femmes sera présenté le mardi 25 mai à 20 heures 30 au Cinéma Studio 43, à Paris.

Propos recueillis à New York (États-Unis d’Amérique) par Gérard Courant.

 


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