LUC MOULLET PRÉPARE LA SAGA DES BARONNIES.

Générique, n° 22, 9 décembre 1983.

Que devient Luc Moullet, l’auteur du pétillant Brigitte et Brigitte, du très montagnard Les Contrebandières, de ce western tourné dans les Alpes de Provence, Une aventure de Billy le Kid, de cette Anatomie d’un rapport bien sous tous rapports et de l’appétissant Genèse d’un repas ?

Et bien, Moullet, il tourne. Courts métrages sur courts métrages.

En tout premier lieu, Ma première brasse, filmé en 1980 et produit par l’INA. D’une durée de quarante-cinq minutes, ce film a été tourné en noir et blanc et présenté à la télévision sur Antenne 2. C’est le premier film entièrement burlesque de son auteur bien que Luc Moullet ait toujours lorgné vers le loufoque (on se souvient de son premier court-métrage, Un steak trop cuit, réalisé en 1960, fantastiquement drôle). L’histoire est simple : Moullet apprend à nager. Toute l’ambiguïté et l’humour moulletiens resplendissent dans la conclusion de ce film : au terme de ces quarante-cinq minutes d’hilarantes leçons de natation, le cinéaste est-il parvenu à nager ou pas ? Chacun a sa petite idée. Moullet a la sienne... pour notre bonheur de spectateur. Pourtant, un habile plan sous-marin ne permet pas de dévoiler la vérité.

Pour fêter le premier anniversaire de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, l’INA a confié à une dizaine de réalisateurs (dont Moullet et Godard), le soin de confectionner un sketch sur le thème : Le changement à plus d’un titre, qui fut programmé sur FR3, le 10 mai 1982. Le sketch de Moullet s’intitule Introduction. Il dure 8 minutes. À mourir de rire.

En 1983, Moullet a réalisé deux films. Le premier est une commande de l’émission Cinéma Cinéma diffusé sur la deuxième chaîne. Cette Lettre de cinéaste, dont le concept a été créé par Michel Boujut et proposé à un réalisateur différent par mois, s’intitule Les Minutes d’un faiseur de films et dure treize minutes. Désopilant. Une scène me reste plus en mémoire que d’autres. Luc Moullet acteur va uriner et son commentaire, en off, dit à peu près cela : « Si je pisse dans le trou, j’aurai l’avance sur recettes ; si je pisse à côté, je serai recalé ».

Son second film, cuvée 1983, est une production de la Maison de la culture du Havre. Moullet a eu la paresse de lui donner un titre de circonstance : Les Havres. Un douze minutes inédit que nous attendons avec impatience.

Que prépare l’acteur-producteur du Cabot ? Pour se mettre en jambes, il va tourner un court-métrage comique, Barres, ou comment resquiller le métro, que produira son complice et chef-opérateur Richard Copans. Luc Moullet est également sur un nouveau projet de long-métrage dont il vient de recevoir l’avance sur recettes (j’imagine qu’il a bien pissé dans le trou !) : La Saga des Baronnies. Pour les nombreux cancres, non spécialistes de la géographie française, rappelons que les Baronnies est un petit morceau de territoire d’une grande beauté sauvage, aux confins de la Drôme, du Vaucluse, des Hautes Alpes et des Alpes de haute Provence. Quand on sait que Moullet, souvenons-nous de Terres noires, des Contrebandières ou de Billy le Kid, est le seul – je dis bien le seul ! – cinéaste français à avoir su filmer les roubines (essentiellement concentrées dans la région de Digne), on peut imaginer, sans peine, qu’il nous mitonne une reproduction époustouflante de cette région. Ce film sera fait avec un budget beaucoup plus confortable que ses films précédents. Depuis longtemps, Moullet souhaitait réaliser un film avec des moyens plus ambitieux. On se souvient que cet ancien brillant critique des Cahiers du cinéma eut, à la fin des années 60, un projet de film avec le grand Bourvil. Mais ce projet ne put jamais aboutir. Dommage !

Gérard Courant.

 


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