WERNER SCHROETER — UNE RÉTROSPECTIVE.

Programme, Catalogue du Goethe Institut, février 1982.

Werner Schroeter est le poète et l’empêcheur de tourner en rond du cinéma allemand, un doux et curieux mélange de Cocteau et Lautréamont, de Murnau et de Pasolini, de Baudelaire et de Maria Callas, de Dreyer et de Janis Joplin. Il tourne ses premiers films en 1967 et réalise une douzaine de films en 8 mm (dont quatre sur Maria Callas et un long métrage co-réalisé avec Rosa von Prauheim : Grotesk, Burlesk, Pittoresk). Avec Eika Katappa, réalisé en 1969, Werner Schroeter met en chantier les bases d’un nouveau cinéma à l’esthétique révolutionnaire, invente un nouveau langage cinématographique qui déborde sur les plates-bandes du théâtre et surtout de l’opéra. Cette esthétique nouvelle, qui influencera des cinéastes dans le monde entier (Daniel Schmid, Hans-Jürgen Syberberg, etc.), culmine dans La Mort de Maria Malibran – son chant d’amour, sa passion, son sang – qui est un film magique, inégalable et inégalé.

Produit par la ZDF, la chaîne culturelle de la télévision allemande, Schroeter tourne films sur films : Der Bomberpilot, Salomé, Macbeth, Hitparade, Willow Springs, Flocons d’or, L’Ange noir. Le succès international du Règne de Naples (primé à Taormina, Chicago, Bruxelles, Orléans et par la télévision allemande) qui est son premier film commercial et de Palermo oder Wolfsburg (Grand Prix du Festival de Berlin 1980) font de Schroeter, non seulement, comme l’écrivait Fassbinder : « le plus important, le plus passionnant, le plus décisif et le plus décidé » des réalisateurs du jeune cinéma allemand, mais du cinéma allemand tout court. Comme, pendant ce temps-là, Schroeter en a profité pour se bâtir une solide réputation dans le théâtre (mises en scène notamment de Emilia Galotti, Salomé, Lucrèce Borgia, Mademoiselle Julie, Médée) et dans l’opéra (Lohengrin), il n’est plus possible de réduire notre cinéaste à sa seule fonction de montreur d’images animées. Il est beaucoup plus que ça !

Gérard Courant.

 


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