PEU D’HOMMES, QUELQUES FEMMES de MARCEL HANOUN.

Art press, n° 60, juin 1982.

Il était étonnant que Marcel Hanoun, auteur complet du cinématographe (opérateur, scénariste, monteur de ses films) n’ait pas encore tenté l’expérience du Super 8. Lui qui, en une douzaine de longs-métrages et une vingtaine de courts-métrages sur une période de trente ans, avait pratiqué un cinéma libre, débarrassé des contingences commerciales, était sans doute l’un des cinéastes les plus proches de l’éthique super huitarde : rapidité et commodité de tournage, films peu coûteux, maîtrise complète de l’oeuvre.

Son Peu d’hommes, quelques femmes révèle un nouveau Marcel Hanoun, en pleine forme. Tourné en grande partie à New York, où, dorénavant, séjourne l’auteur de Une simple histoire, ce film est une errance. Errance à travers les rues de New York. Promenades. Rencontres. Séparations. C’est le sujet de tous les films de Marcel Hanoun qui se trouve, là, condensé : l’impossibilité de rester en un lieu car il y a mieux à faire ailleurs. Et cet ailleurs, dans Peu d’hommes, quelques femmes, c’est la nostalgie de la France et son corollaire presque obligé : la langue française. Qu’y voit-on ? Beaucoup de Français. Qu’y entend-on ? Du français. Ce cinéma de l’éternelle errance, c’est l’histoire du « juif errant » que Hanoun, comme Akerman ou Morder, ne cesse de mettre en scène dans ses films. Cette recherche impossible du « chez soi » transporte l’oeuvre dans tous les sens, la cisaille, la taillade.

Hanoun est un moraliste. Il sait qu’il faut aller très loin pour mieux connaître son « territoire ». Il sait qu’il est préférable de filmer les femmes pour mieux parler des hommes. Il sait que l’Art n’a pas de frontière parce qu’il est régional. Il sait qu’il lui est indispensable de repartir (économiquement) à zéro – le Super 8 – pour atteindre de nouveaux sommets. Tout ça, Hanoun le sait car son film en est le témoignage vivant.

Gérard Courant.

 


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