FLASH GORDON de MIKE HODGES.

Cinéma 81, n° 267, mars 1981.

Flash Gordon, c’est l’esprit de la Série B à la taille des grosses machines cinématographiques hollywoodiennes. D’où, dès cette affirmation aux limites du contradictoire, une rupture qui s’affirme dans la combinaison images/dialogues d’un film qui a su conserver non seulement le punch visuel de la bande dessinée – on pouvait l’espérer avec les moyens mis en oeuvre – mais aussi, c’est une surprise !, le délire de ses répliques. Tous les films, qui traitent l’espace comme objet principal de leur mise en scène, sont sérieux et essaient toujours de tenir un discours idéologique et philosophique (et scientifique) crétin et infantile. Le Trou noir, L’Empire contre-attaque et même Superman II, pour ne citer que les derniers en date, restent des leçons ennuyeuses et nous contraignent à une identification bête aux thèses sous-tendues par une industrie qui tire ses dernières cartouches. Bref, on voudrait faire du Kubrick (dans le genre 2001), l’imagination et la réflexion en moins. Dans Flash Gordon, rien de tout ça. Les dialogues sont toujours à porte-à-faux avec les images. Dans les situations les plus spectaculaires et les plus époustouflantes, les personnages échangent les dialogues les plus terre-à-terre. Résultat : entre l’image et le son, tout est décalé et il faut faire, parfois, des efforts pour ne pas rire. Cet humour plein de naïveté, caractérisé par l’esprit de la bande dessinée, ne plaira pas à tout le monde, mais il faut se laisser aller, en regardant Flash Gordon enfourcher le scooter de l’espace, rigoler en regardant les hommes-oiseaux dessiner le mot « Thanks » dans l’espace pour remercier le libérateur Flash Gordon d’avoir anéanti l’abominable empereur Ming, ne pas se soucier des invraisemblances scientifiques qui, accumulées, provoquent un certain dépaysement. Car, ne l’oublions pas, nous nageons en plein dansl’espace d’une bande dessinée en cinémascope. Flash Gordon, c’est du cinéma qui ne vise jamais au-dessus de ses possibilités. Conclusion : il en résulte une ringardise sérieuse (voir les films cités précédemment) qui, elle, fait barrage à toute émotion.

Gérard Courant.

 


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