image du film.PHILIPPE GARREL VU PAR JACKIE RAYNAL, PHILIPPE AZOURY ET MOI (CARNET FILMÉ : 22 décembre 2015)

Année : 2015. Durée : 1 H 14'

Fiche technique :
Réalisation, concept, image, son, montage : Gérard Courant.
Interprétation : Jackie Raynal, Philippe Azoury, Gérard Courant, la voix d’Eunhee Kim.
Production : Les Amis de Cinématon, Les Archives de l’Art Cinématonique, La Fondation Gérard Courant avec l’aide du MMCA (National Museum of Modern and Contemporary Art, Korea), Séoul (Corée du Sud).
Diffusion : Les Amis de Cinématon.
Tournage : 22 décembre 2015 à Séoul (Corée du Sud).
Version : Française.
Format : Vidéo Mini-DV.
Caméra : Sony.
Cadre : 4/3.
Procédé : Noir et blanc.
Première diffusion publique : 23 janvier 2016, Site YouTube.
Dédicace : Le film est dédié à Pierre Clémenti.

Présentation >>>

Entre le 18 et le 24 décembre 2015, Gérard Courant a été invité par le MMCA, le National Museum of Modern and Contemporary Art, Korea de Séoul (Corée du Sud).

Ce fut pour lui l’occasion de continuer le tournage de ses Cinématons et de ses Carnets filmés dont il a ramené cinq épisodes : L’exposition Philippe Garrel au MMCA de Séoul, Philippe Garrel vu par Jackie Raynal, Philippe Azoury et moi, Philippe Garrel à Séoul (Première Master Class), Philippe Garrel à Séoul (Seconde Master Class) et Voyage à Séoul à l’occasion d’une rétrospective des films de Philippe Garrel.

Dans ce deuxième épisode, Philippe Garrel vu par Jackie Raynal, Philippe Azoury et moi qui se déroule à Séoul (Corée du Sud), Gérard Courant a filmé la cinéaste Jackie Raynal qui participa avec Philippe Garrel (et Serge Bard, Patrick Deval, Daniel Pommereulle) à l’aventure du groupe Zanzibar entre 1968 et 1970 et le critique de cinéma Philippe Azoury, auteur du livre Philippe Garrel en substance. Dans une troisième partie, Gérard Courant raconte comment, au début des années 1970, il a découvert les films de Philippe Garrel et comment le public a communié avec eux.

Critique >>>

ÉPOUSTOUFFLANT

Cher Gérard,

Ce que tu as tricoté est assez époustouflant ! D'abord, ma pomme avec des flashes de mon Cinématon d’il y a quelques décennies à Berlin. C'est très réussi... Et aussi le nouveau Cinématon, dans la Tea Shop de Séoul ! Philippe Azoury est très bien. Mais je trouve que ce que tu dis est vraiment le meilleur... Tu expliques si bien cette route sinueuse est complexe qu’est l'artiste Garrel !

Ce qui est bien également, c'est tout ce qui se passe dans les préparatifs. On se voit à nu... Comment je me trémousse, car j'ai un peu d'appréhension... Ce qui est beau aussi, ce sont les enfants qui jouent dans le jardin derrière moi, à l’extérieur. Le cadre est superbe. Il est strict, sans fioritures. Tu es tellement enthousiaste et tu sais faire passer si bien ton savoir personnel sur Garrel – très différent des deux autres : Azoury et Raynal – que c'est vraiment très beau.

Et qu'est ce que j'aime le NOIR et BLANC !!!

Ce fut un vrai plaisir de travailler avec Eunhee Kim sans qu'on ait l'impression de travailler. C'est très rare dans ces sortes de réunions... Eunhee a beaucoup de doigté et de savoir-faire.

Jackie Raynal, 24 janvier 2016



BELLE LEÇON !

Merci, on apprend beaucoup de choses sur le mouvement Zanzibar et les moyens de production de l'époque.

Tallulah Bird, YouTube, 26 janvier 2016



TRÈS BELLE, L'IMAGE

Très belle, comme toujours l'image chez Courant.

Ester de Miro, YouTube, 31 janvier 2016



PHILIPPE GARREL EST ENCORE ET TOUJOURS GÉNIAL ET GÉRARD COURANT EST UN MAGE BLANC

Je remarque que tu as changé d’avis sur la cassure entre l’avant et l’après période underground de Philippe Garrel. Tu considères ce passage comme une évolution nécessaire car, s’il avait continué l’underground, il se serait sclérosé. L’année dernière, j’avais eu l’impression que tu nuançais différemment ton argument. Mais je crois que tu as raison. Il ne pouvait pas faire de l’underground toute sa vie. Je continue à préférer les films seventies, mais aujourd’hui Garrel est encore et toujours génial.

Certes, Garrel a beaucoup changé physiquement. Il a changé dans ce qu’il exprime. J’ai vu tous ses derniers films. C’est une métamorphose progressive.

Je me souviens d’avoir vu un son portrait pour la série Cinéastes de notre temps qui datait de la fin des années 80. La terreur dans les yeux, il émanait un malaise incroyable. Un mec encore hanté par les spectres, rescapé d’un roman gothique, à Le Fanu

Aujourd’hui, il est guéri, serein, les lunettes lui vont très bien. Il a une vague ressemblance avec M Guy-Ernest M, cette froideur, cette impassibilité calme.

Désormais, c’est presque un patriarche romantique sorti de l’enfer qui a surmonté toutes les épreuves et il chante l’espérance et la victoire de la famille. Il a tous les droits, parce que ce qu’il fait est génial. J’ai vu La Frontière de l’aube qui contient des choses énormes, fulgurantes même si je n’aime pas la famille, ni les familles, le sang ne m’intéresse pas, mais ça c’est mon histoire.

Je crois plus à Marcel Proust qui disait que chaque artiste trouve l’art en choisissant son thème, mais ce qu’il trouve à travers ce thème, cette gratuité est au-delà de chaque thème. Le thème a été seulement un prétexte pour rejoindre quelque chose qui n’a pas de thème. Cette intersection est étrange entre le romantisme sériel de Garrel et l’encyclopédisme zen ou taoïste de Courant, c’est presque un chiasme.

Courant est l’héritier d’une certaine tradition analytique française, des Lumière(s), un diderottisme psychédélique. Courant, le Japonais, le Chinois. Cette démarche orientale de ton cinéma avec une goutte de bizarrerie pataphysique, jarryenne, non, mieux, je dirais à la Raymond Roussel (sans névroses et sans suicide). Comment j’ai composé mes films-concepts, ça irait, n’est-ce pas ?

En plus, je pense que tu as transpercé la cible quand tu as évoqué L’Art Brut. Là, c’est formidable. Azoury c’est quelqu’un de bien, vraiment bravo, mais tu le dépasses critiquement avec cette remarque incontournable pour ce qui concerne Garrel et peu d’autres artistes. C’est éliminer tous les filtres. C’est ça la condition royale de l’artiste moderne. C’est ce que Carmelo Bene nommait “L’Immediato, rovinare le strutture”

Ça me fait penser à un bouquin Skira que j’avais lu. C’était du Georges Bataille qui parle de Manet et Manet m’avait fait comprendre très bien ces choses-là.

Dernière chose : je voulais éclaircir le terme encyclopédisme pour ce qui te concerne. Je l’ai employé dans un sens paradoxal. Le diderottisme psychédélique, parce que tu explores toutes les possibilités du cinéma, dans les domaines ou directions les plus diverses. Mais j’ai toujours vu là une intention bien romantique et magique.

Le grand mandala du monde. Il y a toujours une douceur, un sens d’utopie dans tout ce que tu filmes.

Quant aux films de Séoul, je crois qu’ils sont très importants comme ceux de Digne des seventies. C’est juste que le cinéma commente directement le cinéma sans autres filtres. La parole filmée, c’est bien autre chose que la parole écrite des critiques, des intellos, the highbrows éclaircisseront mieux que ce que j’ai esquissé ici.

Je pense que Garrel devrait te remercier, peut-être il l’a déjà fait... Pour l’instant, c’est moi qui te remercie, pour les films, le poème et la conversation, je vais mieux (Courant le guérisseur, le mage blanc).

Paolo Spaziani, 19, 21 et 23 mai 2016

 


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