image du film.LE PASSÉ RETROUVÉ (CARNET FILMÉ : 1er janvier 1995 – 20 mai 1995)

Année : 1995. Durée : 1 H 47'

Fiche technique :
Réalisation, image, concept, partition sonore, montage : Gérard Courant.
Production : Gérard Courant, Les Amis de Cinématon.
Interprétation : Alain Paucard, Gérard Courant, Martine Elzingre, Sophie Martin, Caroline Abitbol, Didier Bufflier, Christiane Kolla, Rui Nogueira, Lucia Fioravanti, François Ode, Garry Faïf, Simone Faïf, Jean-Claude Marcadé, Aliochka Perchko, Michèle Levieux, Anne Kouznetsova, Joseph Morder, Anne Worms, Alain Comte, Wasthie Comte, Françoise Michaud, Cyrille Charlot, Gérard Tallet, Georges Londeix, Jean-Marie Audigier, Isabelle Otero*, Jean-François Stévenin*, Cécile Babiole*, Alain Fleischer*, Gérome*, Jacques Monory*, Jean-Michel Roux*, Patrick Poivre d’Arvor*, Trez*, René Allio*, Jean Daviot, Régis Audigier, Sylvie Courant, Jean-Marc Lavaud, Bastien Lavaud, Simon Lavaud, Agnès Soral, Dominique Noguez*, Juliet Berto*, Yves Mourousi*, Bernard-Pierre Donnadieu*, Mikla Idrilovich*, Robert Alazraki, Daniel Cotard*, Élisabeth Moulinier, Christèle Marie, Henri Laborit*. Les noms des interprètes accompagnés d’un « * » proviennent d’images extraites de leur Cinématon ou d’autres séries de portraits filmés).
Tournage : Saint-Maurice (France), Paris (France), Provins (France), Villeneuve-le-Comte (France), Crécy-la-Chapelle (France), Senlis (France), Dijon (France), Genève (Suisse), La Cure (Suisse), Saint-Denis (France), Drancy (France), Burzet (France), le Vivarais (France), Tours (France).
Format de tournage : Cinéma Super 8 mm.
Pellicule : Kodachrome.
Format de diffusion : Vidéo.
Cadre : 1,33.
Procédé : Couleur.
Collection publique : BNF (Bibliothèque Nationale de France), Paris (France).
Première projection publique : 17 octobre 1995, Cinémathèque Française, Paris.
Principaux lieux de présentation :
Cinémathèque Française à Paris (France) 1995.
Festival du Cinéma Indépendant à Châteauroux (France) 1995.
Pezner à Villeurbanne (France) 1996.

Présentation >>>

Le Passé retrouvé recouvre la période allant du 6 janvier 1995 au 20 mai 1995.

On y trouve les thèmes des parties précédentes : les voyages, l'amour du cinéma et les à-côtés de mes tournages.

On y rencontre aussi les mêmes obsessions et les mêmes préoccupations : l'influence du temps (pas seulement météorologique), le culte des disparus, la fascination des visages, le goût de l'amitié, l'importance de la mémoire des lieux et des hommes que je cultive, il faut le dire, avec jubilation.

Paris et sa banlieue, Provins, Senlis, Villeneuve-le-Comte, Crécy-la-Chapelle, Dijon, Genève, le Jura, le Vivarais, Burzet sont autant de lieux qui traversent Le Passé retrouvé où l'on croise nombre de personnages : Alain Paucard, Martine Elzingre, Caroline Abitbol, Christiane Kolla, Rui Nogueira, Lucia Fioravanti, Garry et Simone Faïf, Joseph Morder, Françoise Michaud, Michèle Levieux, Georges Londeix, Jean Daviot, Agnès Soral et bien d'autres.

(Gérard Courant)

Critique >>>

GÉRARD DES VILLES, GÉRARD DES CHAMPS

Gérard des villes, Gérard des champs. En réalité ces carnets filmés sont comme des chemins de pèlerins. On y affronte les éléments, la neige ou le soleil pour cheminer d'étapes en étapes, de capitales en sous-préfectures, d'amis lointains en amis proches et célébrer en leur compagnie le passé recomposé - mais uniquement pour que celui-ci vous propulse vers l'avenir du prochain gîte. C'est également le salut aux autres pèlerins disparus en route car la route c'est aussi l'adversité, le danger.

Mais le pèlerin doit savoir se perdre dans la beauté de la neige en ville pour réapparaître dans la gloire du printemps des champs. L'infatigable pèlerin y gagnera toujours un esprit nouveau. Car la vérité d’un territoire se tient dans l’approfondissement de son amplitude. Les Carnets filmés sont comme des tentatives de recherche d'amplitude où chaque élément peut faire sens, peut faire signe et où les contradictions fiction/réalité peuvent s'allier !

(Philippe Leclert, 29 novembre 2009)



LE SAUVETAGE DE L'OUBLI

Il faudrait commencer par dire que les Carnet filmés de Gérard Courant sont comme le bon vin : il faut les faire vieillir un peu pour en savourer tout l’arôme. Infatigable archiviste du temps présent, le cinéaste œuvre sans aucun doute pour la postérité (tant pis si le mot est un peu pompeux) et si une vision trop rapide de certains carnets récents pourrait nous faire songer à de banals films amateurs, la découverte des plus anciens prouvent déjà à quel point ces images n’ont pas de prix.

Dans tous ces Carnets filmés, la volonté du cinéaste est de graver sur pellicule des instants précieux, des bribes de ce qui deviendra peut-être par la suite un film, des esquisses afin de composer un ensemble s’apparentant à une sorte de journal intime ou de carnet de peintre.

Les films regorgent de documents passionnants ou étonnants. Saviez-vous, par exemple, qu’il existe des Cinématons hors collection ? Dans Nuits transparentes, on peut voir le Cinématon en négatif du peintre Gérard Titus-Carmel (par ailleurs filmé deux fois dans la « vraie » série) qui reste totalement immobile et qui ressemble dès lors à une véritable sculpture. De la même manière, dans Le passé retrouvé, on peut voir les images du Cinématon d’Agnès Soral, commandé par une chaîne de télévision mais ne respectant pas toutes les règles imposées par son concepteur (c’est dommage car il est assez beau).

Parallèlement à cet aspect « people » des Carnets, les films sont toujours lestés d’une certaine mélancolie lorsqu’on constate que le cinéma ne peut pas arrêter le temps et que son seul pouvoir est de faire revivre, le temps d’un instant, les fantômes des êtres disparus.

Dans Le passé retrouvé, ce sont trois Cinématons en accéléré qui servent d’hommage touchant aux disparus de l’année (François Ode, René Allio et Henri Laborit).

Plus les années passent et plus Gérard Courant semble s’éloigner de Paris (les plans qu’il tourne depuis son appartement à Montreuil donnent le sentiment d’être à la campagne) et cherche à se rapprocher de son enfance. On le voit retourner sur les lieux clés de son existence : Dijon, le Jura et la Suisse via un séjour chez sa sœur (Le passé retrouvé) ou encore Saint-Marcellin (Délices lointains).

Que Courant s’intéresse, par exemple, dans Le passé retrouvé (titre évocateur s’il en est) à la construction du Stade de France à Saint-Denis ou à la toute nouvelle BNF dit bien qu’il cherche à saisir quelque chose de « l’or du temps » cher à Breton : à la fois constater non sans une certaine mélancolie l’implacable évolution des choses et du temps qui passe et cependant préserver quelque chose de ce présent, le sauver de l’oubli.

(Docteur Orlof, Le Blog du Docteur Orlof, 4 février 2011)



L'OR DU TEMPS

Tel un archiviste infatigable, Gérard Courant classe, archive le temps présent. Comme le remarque Vincent Roussel, une des phrases clés pour comprendre et pour entrer dans les Carnets filmés, est sans doute la question posée par le cinéaste à la toute fin de Nuits transparentes : "Le cinéma permet-il de remonter le temps et de revenir dans le passé ?" Gérard Courant répond à cette question en faisant revivre une séquence vue précédemment dans le film (Lou Castel descendant un escalier), en effet il monte cette séquence à l’envers et en négatif. Une nouvelle fois, Gérard Courant en inscrivant le temps présent sur la pellicule, recherche à figer celui-ci dans le temps, il cherche à briser l’inéluctabilité du temps qui passe. Les Carnets filmés sont à comprendre dans la perspective de prendre sur le vif des instants précis de l’existence du cinéaste. Les Carnets filmés ont débuté au même moment où Gérard Courant commencé à faire des films. Véritables archives cinématographiques, ils sont une sorte de journal intime regroupant des notes, des essais, des reportages, des rushes mais c’est également un carnet de d’esquisse où la matière filmique peut être travaillée. Jusqu’en 1992 ils ne sont pas montés et donc cela va de soit, ils ne sont pas montrés. Un peu à la manière du cinéma muet, à cette date, le cinéaste commença à les monter en y incluant des cartons.

Dans Le Passé retrouvé, Gérard Courant filme la construction de Stade de France ou encore la nouvelle BNF. De ces images se dégage cette volonté, cette recherche de rendre compte d’une évolution et du temps qui passe. Cependant le cinéaste tente de sauver par l’image quelque chose du présent. Et en ce sens Gérard Courant et très proche d’André Breton, tous deux cherchent à saisir quelque chose de « l’or du temps ». André Breton proposa en 1924 dans le Manifeste du Surréalisme, une définition d’une nouvelle forme d’écriture : « automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ». Il prône ainsi une écriture libérée, Gérard Courant prône lui aussi une liberté d’écriture mais cinématographique. Celle-ci s’accompagne du processus créatif, et de l’entreprise personnelle.

(Estelle Pajot, L’oeuvre filmée de Gérard Courant, Université de Bourgogne, UFR Sciences Humaines et Sociales, Département Histoire de l’Art et Archéologie, mémoire sous la direction d'Isabelle Marinone, 2014)



 


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