image du film.L’ÂGE D’OR DE JEAN-LUC GODARD

Année : 2015. Durée : 57'

Fiche technique :
Réalisation, concept, montage, partition sonore : Gérard Courant (à partir de 15 films réalisés par Jean-Luc Godard).
Production : Les Amis de Cinématon, La Fondation Gérard Courant.
Diffusion : Les Amis de Cinématon.
Fabrication : 1995 à 2015 à Saint-Maurice (France), Montreuil-sous-Bois (France).
Format : Vidéo.
Cadre : 1,33.
Procédé : Noir et blanc et Couleur.
Première diffusion publique : Site YouTube, 9 décembre 2015.
Principaux lieux de diffusion :
-Site YouTube, 2015.
-Site Dailymotion, 2015.
Dédicace : Ce film est dédié à Anna Karina.

Présentation >>>

L’Âge d’or de Jean-Luc Godard est la compression des 15 premiers longs-métrages de Jean-Luc Godard réalisés de 1960 à 1967. Chaque film, réduit de 25 fois sa durée initiale, dure aux alentours de 4 minutes.

L’Âge d’or de Jean-Luc Godard est « compressé » à la manière d’une œuvre plastique d’Arman ou de César. Mais à la différence du travail de ces artistes qui compressaient des objets usuels, L’Âge d’or de Jean-Luc Godard réduit des objets purement artistiques.

Le tour de force et le pari de L’Âge d’or de Jean-Luc Godard a été de fabriquer une compression totale : dans cette anthologie consacrée à Jean-Luc Godard il ne manque pas un seul plan des films originaux !

Liste des films compressés de Jean-Luc Godard :

À bout de souffle (1960)

Le Petit soldat (1960)

Une femme est une femme (1961)

Vivre sa vie (1962)

Les Carabiniers (1963)

Le Mépris (1963)

Bande à part (1964)

Une femme mariée (1964)

Alphaville (1965)

Pierrot le fou (1965)

Masculin féminin (1966)

2 ou 3 choses que je sais d'elle (1966)

Made in USA (1966)

La Chinoise (1967)

Week-end (1967

Critique >>>

DILATATION ET CONDENSATION (à propos de Compression de À bout de souffle)

Dans la série des Compressions, initiée en 1995, Gérard Courant ne s’intéresse plus à l’artiste mais à l’œuvre, qui devient un objet et un signe culturel au même titre que les produits de la société de consommation compressés par les Nouveaux Réalistes. Avec le sentiment d’appartenir à une cinéphilie en train de disparaître, qui a découvert le cinéma dans les années 1960 avant que ne déferle le flot d’images et de médias, quand il était encore possible d’en avoir une vision synthétique, il entend revisiter les classiques sous forme de digests, condensés, réduits, mais sans qu’il ne manque un seul plan.

Commencée en 1995 par Alphaville de Jean-Luc Godard, créé trente ans plus tôt, la série des Compressions se poursuit avec À bout de souffle, le film qui, aux côtés des Quatre cents coups de François Truffaut, signa l’acte de naissance de la Nouvelle Vague en 1959. En isolant et en montrant bout à bout une image par seconde de film, Gérard Courant livre une compression de procédé rationnel et systématique, à contre-courant de la perception subjective du film par le spectateur, de « l’expérience esthétique ».

La réduction d’À bout de souffle éloigne l’œuvre de la forme sous laquelle elle persiste dans les mémoires individuelle et collective, qui tendent à isoler quelques images iconiques comme autant de vignettes métonymiques (Patricia/Jean Seberg vendant le Herald Tribunes sur les Champs-Élysées, par exemple) et à dilater la durée de certains passages pour en condenser d’autres. Mettant en évidence la structure de l’œuvre initiale, la compression, dépouillée de tout affect, la donne à voir autrement.

(Judith Revault d’Allonnes, catalogue Chefs-d’œuvre ?, Centre Pompidou-Metz, mai 2010)



UN INCROYABLE FÉTICHISME

Enfin, le seul film que je ne connaissais pas s’intitule L’âge d’or de Jean-Luc Godard et il s’agit tout simplement de la compression des quinze premiers longs-métrages du cinéaste. Le mot « compression », il faut à la fois l’entendre au sens premier du terme (les films sont réduits à un court-métrage de 3 ou 4 minutes où tous les plans originaux sont présentés en version accélérée) et au sens « artistique » puisque Courant revendique clairement sa filiation avec les Nouveaux Réalistes (César, Arman) et transforme un objet filmique connu en une sorte d’installation post-moderne (l’œuvre est réduite au statut de « signe »).

Pour être tout à fait honnête, les compressions ne sont pas la partie qui me passionne le plus dans le travail de Courant. Je comprends la démarche et la trouve intéressante mais elle ne me touche pas vraiment. On sait que le cinéaste est un féru de toutes les mythologies populaires contemporaines, qu’il s’agisse du cyclisme ou des stars immortelles (Marilyn ou Brigitte Bardot). Godard, à sa manière, fait partie de ces mythes contemporains et Courant cherche à conserver quelque chose de l’aura des œuvres dans ses compressions, en faire une sorte de digest pour l’époque. Si l’éclat des œuvres originales brille toujours autant pour le cinéphile, ces compressions sont un peu frustrantes même si elles donnent envie de revoir les films pour des raisons personnelles à chacun : ceux adorés et connus par cœur (ma tétralogie A bout de souffle, Le Mépris, Pierrot le fou, Week-end) ou ceux vus une seule fois et il y a longtemps (Les Carabiniers, Le Petit soldat, Deux ou trois choses que je sais d’elle).

Finalement, la dimension la plus intéressante de ces compressions est leur incroyable fétichisme. Ce n’est plus l’œuvre qui est aimée comme telle mais les signes qu’elle projette et qui font travailler nos mémoires et nos affects : le visage de Jean Seberg, les larmes d’Anna Karina, le peignoir de Bardot, l’air mutin de Catherine-Isabelle Duport (clin d’œil amical à Jérôme Leroy), les couleurs à la Mondrian de Pierrot le fou et Made in USA, les petits livres rouges de La Chinoise, le travelling hallucinant et halluciné de Week-end

Au bout du compte, L’âge d’or de Jean-Luc Godard traduit surtout l’admiration que Gérard Courant porte au cinéaste qui finira par lui renvoyer la balle de fort belle façon puisque la bande-annonce de son Film socialisme sera, tout simplement, la compression dudit film…

(Dr Orlof, Le Journal cinéma du Dr Orlof, 28 février 2017)

 


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