image du film.RESTEZ MINCE VIVEZ JEUNE

Année : 1978. Durée : 9'

Fiche technique :
Réalisation, scénario, montage, son : Gérard Courant.
Image : images d’archives.
Interprètes : Indira Gandhi, Kadhafi, le Prince Charles, etc.
Production : K.O.C.K. Production, Gérard Courant.
Diffusion : Les Amis de Cinématon.
Fabrication : février 1978.
Format de tournage : 16 mm. Projection sur deux écrans.
Format de diffusion : Vidéo.
Procédé : Couleur. Sonore.
Collection publique : BNF (Bibliothèque nationale de France), Paris (France).
Première projection publique : 3 mars 1978, FUFU (Festival Universitaire du Film Underground) à Nancy (France).
Principaux lieux de projection :
Festival du Cinéma Indépendant, Avignon (France) 1978.
Cinéma Palais des Arts, Paris (France) 1978.
Festival Cinéclats, Paris (France) 1978.
Théâtre de Poche, Bienne (Suisse) 1978.
Rétrospective Cinegraphia au Festival de Locarno (Suisse) 1980.
Cinéma Le Lux, Caen (France) 1983.
Cinémathèque de l’Arsenal, Berlin-Ouest (République Fédérale d’Allemagne) 1984.

Présentation >>>

Comme Sha-Dada, Restez mince vivez jeune est un film projeté sur double écran. Dans Sha-Dada, il y avait une opposition nettement perceptible entre les deux images présentées simultanément : un impérialisme en renvoyait à un autre vu que ces deux images entretenaient des liens de dépendance, de parenté, de solidarité (voire de consanguinité), une image étant la conséquence de l'autre.
Par contre, dans Restez mince vivez jeune, le procédé de la double projection fonctionne à partir d'un autre système de relation entre les deux images qui paraissent n'avoir, à première vue, aucun rapport l'une vis-à-vis de l'autre. L'image/écran de gauche représente l'arrivée en avion de diverses personnalités politiques (Kadhafi, Indira Gandhi, le Prince Charles, etc.) filmées dans différents aéroports à travers le monde, de la sortie de la carlingue de l'avion aux nombreuses et chaleureuses poignées de mains avec les officiels locaux. Ce type d'images se répète sans cesse jusqu'à la fin du film : il n'y a ni surprise, ni suspense, ni faille dans ce système.
L'écran/image de droite est un condensé et une alternance d'images spectaculaires de défilés de mode, d'élections de miss monde, de sauts à ski, d'avions à réaction tourbillonnant dans le ciel, etc. Ces images agissent soit sur le mode publicitaire, soit sous forme de dérision : des personnes essaient de vendre une marchandise : à droite un modèle vante des vêtements, de la même façon qu'à gauche un homme d'état vend – et joue – sa politique, de telle sorte qu'ils se trouvent égaux en tant que promoteurs de produits.
Y a-t-il quelque chose de plus savoureux que de voir tel Président de la République (image de gauche) côtoyer, dans un même mouvement et dans un même élan, telle participante à un concours de miss monde (image de droite) ? C'est là que la dérision prend ses racines dans l'idéologie. Toutes ces personnes (hommes politiques, sportifs, mannequins, etc) sont en représentation. Elles n'existent qu'en tant que reflet de leur propre image. Pour résumer, disons que ce film présente exclusivement des situations spectaculaires (et parfois ridicules) de la vie de personnes qui entretiennent (de près ou de loin) une relation avec le monde du spectacle.

(Gérard Courant, Cinémaction n°1, 1978)

Critique >>>

Ou encore, le cinéaste pourra recourir à une duplication de l’écran, comme Gérard Courant dans Restez mince vivez jeune sur le mode ludique, ironique et dénonciateur. Avec un sens mordant de la dérision, renforcée par le rire intermittent et hystérique de plusieurs femmes, l’auteur tisse des liens insolites entre les deux écrans et fait se prolonger et s’opposer ces bandes relatives d’une part au monde de la politique, d’autre part à celui du spectacle (mode, sport). Ce procédé lui permet de montrer le spectaculaire et le caractère commercial de la politique, dont les personnalités sont sans cesse en représentation, fidèles à une image d’elles-mêmes préfabriquée et stéréotypée, encore dédoublée et accentuée par la « représentation » qu’en donne le film. Mais ce jeu entre la réalité et son reflet est aussi une réflexion critique sur l’articulation des messages dans les médias. Ceux-ci renvoient l’information (désarticulée, réinterprétée, remise en scène) et la publicité à un même niveau d’importance et de signification, celui de leur qualité de signe. Ils neutralisent et dépolitisent l’Histoire et le réel (conflictuel, contradictoire, confus) en les noyant dans un magma émotionnel et idéologique sécurisant, celui de la consommation et du spectacle. Qui n’a jamais douté que l’art expérimental pouvait aussi avoir des implications politiques évidentes ? 

(Michel Egger, Journal du Jura, novembre 1978)

 


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