image du film.LYON, AUTOPSIE D’UNE GRANDE VILLE (INVENTAIRE DES RUES DU 2ème ARRONDISSEMENT)

Année : 2013. Durée : 1 H 12'

Fiche technique :
Réalisation, concept, image, son, montage : Gérard Courant.
Production : Les Amis de Cinématon, La Fondation Gérard Courant.
Distribution : Les Amis de Cinématon.
Tournage : 1er août 2004 au 7 août 2012 à Lyon (France).
Format de tournage : Vidéo Mini-DV.
Cadre : 4/3.
Procédé : Couleur.
Collections publiques :
-BNF (Bibliothèque Nationale de France), Paris (France).
-Cinémathèque Régionale de Bourgogne Jean Douchet, Dijon (France).
-Archives Municipales de Lyon, Lyon (France).
Dédicace : Le film est dédié à Auguste Lumière.

Présentation >>>

Lyon, autopsie d’une grande ville (Inventaire des rues du 2ème arrondissement) présente l’ensemble des 139 rues (ainsi que les allées, avenues, boulevards, cours, impasses, et passages) de Lyon du 2ème arrondissement.

Chaque rue est filmée en un seul plan fixe d’une vingtaine de secondes.

La plaque d’indication de la rue inaugure chaque rue.

Les rues sont classées par ordre alphabétique.

(Gérard Courant)

Critique >>>

CONSCIENCE QUE LE TEMPS PRÉSENT DEVIENDRA TEMPS PASSÉ

Le second aspect (N.B. des symphonies urbaines) relève d’un travail méticuleux de la part du cinéaste, et témoigne d’un objectif pédagogique. Gérard Courant entreprend alors un travail de longue haleine, un inventaire filmé des 1500 rues et des 400 places des neuf arrondissements de la ville de Lyon. Véritable autopsie de la ville, Gérard Courant effectue un portrait des plus complets de la ville. Mais bien plus qu’un simple portrait, Gérard Courant nous offre un témoignage précieux sur la ville qui ne sera plus ce qu’elle est aujourd’hui dans quelques années. Le film du cinéaste devient alors un témoin de futures évolutions de la ville, derrière cela ce cache une conscience que le temps présent deviendra temps passé. Gérard Courant se fait ainsi pédagogue d’un temps, d’une histoire qu’il transmet par le prisme de son cinéma. Cet objectif pédagogique, cette envie de garder en mémoire un présent pour le faire durer dans le passé, n’est pas quelque chose de nouveau. Benjamin Stone, député tory de Birmingham, va collectionner des milliers d’images des vieux rites britanniques, afin de mieux comprendre l’évolution du progrès de son pays, c’est ainsi qu’il déclarait : « Pour ma part, j’ai eu à cœur de consigner les coutumes anciennes qui subsistent en certains villages reculés. Elles ont tenu une grande place de l’histoire de notre pays et il ne faut pas chercher ailleurs la véritable origine de nombre d’évènements marquants dans l’avènement de la liberté et du progrès… ». Porteur et témoin d’une époque, d’un temps, Gérard Courant continue de se faire le serviteur de la mémoire, que ce soit avec Cinématon ou avec l’ensemble de ses recherches, le cinéaste capture sans relâche et avec minutie l’instant présent sans pour autant effacer son regard sur le passé.

(Estelle Pajot, L’oeuvre filmée de Gérard Courant, Université de Bourgogne, UFR Sciences Humaines et Sociales, Département Histoire de l’Art et Archéologie, sous la direction d’Isabelle Marinone, 2014)



LE GESTE CINÉMATOGRAPHIQUE DE GÉRARD COURANT RELÈVE DE L'OUVERTURE DU COFFRE À SOUVENIRS

Les images défilent comme le train, dans le silence attentif d’une poignée de spectateurs.

Le train, c’est celui qui m’emmenait de Moûtiers à Lyon Perrache, avec mémé, chez Tatan Alice sa sœur, aux vacances de Noël. C’était dans les années 1957… 60. Pas plus tard. Lyon 2ème. Celui des illuminations de décembre, qui m’éblouissaient ! Ville des Lumière bien sûr, bien avant que je ne découvre le cinéma ! Celui des Galeries Lafayette, des cracheurs de feu sur la Place Bellecour, de Sainte Blandine dévorée par les lions (lyons ? ) …

Je regarde, au loin, les yeux pendus aux images, qui ne me rappellent rien de mon enfance, à part les plaques successives, comme les wagons de ma mémoire : Cours Bayard, Cours Charlemagne, … et puis tout à coup, Rue Delandine, le mur de la prison. J’avais peur, des « voyous » qui étaient derrière ces murs, des « blousons noirs » dont il fallait se méfier. Insécurité de la ville déjà, pour la petite fille venue de la campagne.

Fourvière, oui, au bout de la rue Grenette, la Rue Quivogne où habitait Tatan (au 33), le cours Rambaud, la Rue de la République (où je suis allée au cinéma plus tard avec Thérèse), le Cours Suchet…

Les rues filmées en été, en automne, ne me disent rien de la ville lumière de Noël, mais je me balade et j’aime me balader ainsi. J’ai grandi. Vieilli. Je suis revenue souvent à Lyon, la ville du tramway, de l’Opéra, des Nuits de Fourvière, de la Biennale d’Art contemporain, de la Part-Dieu, de Saint-Jean toujours, du Rhône et de la Saône, des Confluences !

Le « geste cinématographique » de Gérard Courant relèvera plus tard, bientôt !, de l’ouverture du coffre à souvenirs découvert dans le grenier. La ville change tout le temps. Filmée à ce moment-là, dans les années 2000-2013, elle a déjà changé.

En ce jour caniculaire de fin juin 2015, une page se tourne encore. Aux Archives municipales, Anne-Catherine Marin part en vacances, et aussi à la retraite. Le travail de Gérard Courant a parlé à l’archiviste ! Et au professeur de cinéma aussi. Jacques Gesterkorn, figure cinématonnée de l’université Louis Lumière, est impressionné ( !) par ces 34 heures de films sur Lyon, la ville où est née Gérard C., dirigée en 2015 par un autre Gérard C. celui-là même de cette révolution urbaine.

Le fonds sonore, assourdissant, des voitures, la pollution visuelle des panneaux publicitaires, les chantiers omniprésents, sont en point d’orgue les signaux du changement à venir. Demain la ville sera calme, la ville sera nue, le cinéaste ne sera peut-être plus que le tamis où secouer sa mémoire.

(Noëlle Roth, 30 juin 2015)


 


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