image du film.MICHEL FOUCAULT WERNER SCHROETER, LA CONVERSATION (CARNET FILMÉ : 3 décembre 1981)

Année : 1981. Durée : 1 H 30'

Fiche technique :
Réalisation, montage, son, effets spéciaux : Gérard Courant.
Voix : Michel Foucault, Werner Schroeter, Gérard Courant.
Production : Les Amis de Cinématon, Les Archives de l’Art Cinématonique, Gérard Courant.
Diffusion : Les Amis de Cinématon.
Enregistrement : 3 décembre 1981 à Paris (France).
Format de diffusion : Vidéo.
Cadre : 4/3.
Procédé : Noir et blanc.
Collection publique :
BNF (Bibliothèque Nationale de France), Paris (France).
Cinémathèque de Bourgogne-Jean Douchet, Dijon (France).
Dédicace : Le film est dédié à Maria Callas.

Présentation >>>

Michel Foucault Werner Schroeter, la conversation (1981) est, après Vivre à Naples et mourir (1978) et Il faut le sauver ! (1980) et avant Werner et Nenad (2009), la troisième des quatre rencontres cinématographiques que j'ai eues avec Werner Schroeter. À la différence des deux premières, cette fois-ci, une personnalité extérieure à l’oeuvre du cinéaste allemand s’est jointe à cette rencontre. Mais quelle personnalité ! : le grand philosophe Michel Foucault.

En 1973, à l’époque de la sortie de La Mort de Maria Malibran, Michel Foucault fut enthousiasmé par ce film. À cette occasion, le philosophe écrivit un très beau texte poétique qui enchanta Werner Schroeter et, depuis, chaque fois qu’on lui demandait ce qu’il pensait de ce qu’on écrivait sur ses films, le réalisateur d’Eika Katappa rendait invariablement hommage à ce texte de Michel Foucault, qu’il tenait pour l’analyse la plus pertinente et la plus juste consacrée à son travail. Mais le philosophe et le cinéaste ne se connaissaient pas. Ainsi, quand je lui proposais d’écrire un livre sur son œuvre, Werner Schroeter accepta l’idée avec joie mais il insista pour que j’organise une rencontre informelle entre lui et le philosophe. Ce que je fis. Nous nous rencontrâmes, Werner Schroeter, Michel Foucault et moi, chez le philosophe au début du mois de décembre 1981. La discussion qui s’en suivit se déroula dans les conditions d’une rencontre amicale : Michel Foucault était allongé sur la moquette et Werner Schroeter, assis face à lui, animait l’espace de ses grands gestes et de sa voix puissante. Entre eux, un magnétophone enregistrait leur dialogue. Quant à moi, après avoir mis mon duo en situation, j'avais choisi de rester le plus discret possible afin de ne pas interférer leur dialogue. Ils ont longuement discuté.

La transcription de cette discussion se trouve dans le livre Werner Schroeter, édité en janvier 1982 par la Cinémathèque française et le Goethe-Institut de Paris dans un chapitre intitulé Conversation.

Ce dialogue fut ensuite mis en images. Mais la qualité technique de cet enregistrement est médiocre et, parfois, la conversation est difficilement audible. Nous avons préféré la conserver et la livrer telle quelle au spectateur afin de ne rien manquer de cette rencontre au sommet.

Michel Foucault et Werner Schroeter parlent de la passion, du suicide, de la mort et de l’homosexualité. Ils parlent aussi de Patrice Chéreau, Daniel Schmid, Ingrid Caven, Maria Callas, Jean Eustache, Antonio Orlando, Magdalena Montezuma et Christine Kaufmann.

Les deux hommes abordent aussi les films du cinéaste : La Mort de Maria Malibran, Willow Springs, Le Règne de Naples, Palermo oder Wolfsburg et l’opéra Lohengrin de Richard Wagner, mis en scène par Werner Schroeter.

(Gérard Courant)

Critique >>>

UNE CONVERSATION SUBLIME

Juste vous renvoyer sur ce lien qui vous donnera l’intégralité d’une conversation sublime entre lui (N.B. : Werner Schroeter) et Michel Foucault, retranscrite en 1981 par Gérard Courant.

(Disorder in Discipline, 13 avril 2010)



PASSION

Imaginez deux hommes allongés sur la moquette d’un petit appartement, au mois de décembre 1981. Le premier est un immense philosophe chauve. Le second, un jeune cinéaste underground allemand, très grand, les mains pleines de bagues, visage à la Dürer, de longs cheveux blonds portés jusqu’à la taille, qu’il coiffe d’un Stetson. Ils ont en commun l’intelligence, la culture, l’homosexualité et une idée peu commune du suicide : ils disent n’avoir plus peur de la mort. Et comme pour défier cette dernière, ils préféreront toujours la passion à l’amour, parce que, selon le philosophe, « elle est portée à l’incandescence, elle se détruit elle-même ». (1)

(1) Anecdote rapportée par Gérard Courant dans sa monographie (Goethe Institut/Cinémathèque française, 1982)

(Philippe Azoury, Werner Schroeter la mort en face, Libération, 14 avril 2010)



THE STRONG IMPRESSION

The young film critic Gérard Courant brought us together in Paris in Décember 1981. He was working on a book, a companion to my work that would describe my productions of films and live theater in essays and interviews, so a conversation with Foucault fitted into it neatly. The slim volume was published to accompagny a retrospective of my work, arranged by the Goethe Institute in Paris at the Cinémathèque française the following year. My conversation with Foucault was also published in his postumous writings, but when I reread it, I could no longer summon up the strong impression that our meeting had originally made on me.

(Werner Schroeter avec Claudia Lenssen, Days of Twilight Nights of Frenzy : A Memoir, 2017)

 


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