image du film.LA NUIT CLAIRE DE MARCEL HANOUN PAR GÉRARD COURANT

Année : 2012. Durée : 11' 38''

Fiche technique :
Réalisation, partition sonore, montage : Gérard Courant.
Production : Les Amis de Cinématon, Les Archives de l’Art Cinématonique, La Fondation Gérard Courant.
Diffusion : Les Amis de Cinématon.
Fabrication : Montreuil-sous-bois (France).
Format : Vidéo.
Cadre : 4/3.
Procédé : Couleur.
Collection publique : BNF (Bibliothèque nationale de France), Paris (France).
Sortie DVD : Avril 2013, éditions L'Harmattan (France).

Présentation >>>

Réalisé en 1978, La Nuit claire est le 11ème long métrage de Marcel Hanoun qui fait suite au Regard (1976) et qui précède Un film (1981). En 1979, j’avais écrit un texte sur ce film pour la revue Cinéma 79, dans le numéro 245, daté de mai 1979.

La Nuit claire de Marcel Hanoun par Gérard Courant est le filmage de ce texte au banc-titre en y intercalant toutes sortes de documents (lettres, photos, photogrammes, affiches, programmes, couvertures de livres et de dossiers de presse).

(Gérard Courant)

Critique >>>

LE TEXTE FILMÉ

Soit qu’il avance sur les tapis roulants d’une narration « déboussolée » en un montage de type vertovien (l’utilisation de toute la grammaire cinématographique : gros plans, plans fixes, trucages, travellings, zooms, etc.), soit qu’il se laisse bercer par son savoir-faire qui le pousse sans cesse à revenir sur lui-même (le sens de la répétition), l’art cinématographique de Marcel Hanoun est un appel incessant au plaisir de créer des images et des sons. Cet alchimiste du cinéma recherche l’invisible, traque l’impalpable, ce qui se cache entre les images et, plus encore, ce qui s’évapore entre l’image et le son.

Ce plaisir du cinéma, qui tient souvent du miracle tant on connaît les difficultés que rencontre périodiquement Marcel Hanoun pour faire ses films, traduit, comme chez cet autre solitaire qu'est Philippe Garrel, une esthétique partagée, opposée, qui se met en action pour s’orienter vers deux axes contradictoires. D’une part, le film est pauvre d’apparence, rigide, austère, les mouvements (de caméra, surtout) parcimonieux, l’espace resserré, ce que l’on pourrait appeler, en hommage aux pionniers de l’underground américain des années 40 : les "films de chambre" (L’Authentique procès de Carl-Emmanuel Jung, L’Automne) et, d’autre part, le film met à nu une certaine richesse extérieure, une orgie de mouvements (caméra, acteurs, lumières), voire une abondance de signes, dont les composantes sont la recherche d’un double projet. Créer un cinéma sur le cinéma qui soit à la fois abstrait tout en conservant une certaine représentativité et faire vivre un cinéma pur (en hommage au "cinéma pur" d’Henri Chomette qui témoigne d’une révolte "désespérée, mais non pas inutile" (René Clair), cinéma qui demande au spectateur, toujours traité avec dignité, de prendre position face à l’objet-film (Octobre à Madrid, L’Hiver, La Nuit claire).

Mais toujours, avec ce jeu de dys-synchronisme du son avec l’image, fait de déclarations d’amour (pas seulement du cinéma), de propos sur l’art, sur la manière de créer, sur la recherche d’une identité mythique, ces films proposent une narration déchiquetée qui ne cherche pas à embourber le spectateur mais, bien plus délicatement, qui vise à ce que, attentif, il puisse concevoir sa propre histoire, selon les méandres de sa pensée et de son imagination.

Dans cet échafaudage qui met à mal la facilité et la médiocrité (des rapports sons/images, réel/imaginaire, du (non) jeu d’acteur, de la perception audio-visuelle), il y a la quête têtue (insistante, même), peu pratiquée au cinéma, de rendre compte de ce grand chamboulement que sont les structures de notre cerveau et, plus précisément, par toutes sortes d’effets de montage (lent, rapide, choc), de confier à celui qui accepte de faire l’effort d’aller vers le film – trajet semé d’embûches – une sensation d’adhésion. Elle n’est jamais sapée par quelque putasserie filmique, ni dictée ou amadouée par quelque dessein velléitaire du cinéaste-maître, mais elle est captée dans la structure intérieure du film, dans ses forces les plus secrètes.

Les films de Marcel Hanoun décollent sans cesse du confort cinématographique. Ils n’ont pas de message codé sur une quelconque thématique d’auteur. Ils revendiquent un droit et une liberté : celui et celle d’exister, purement et simplement et visent à mettre en scène la manière dont ils sont conçus en convoquant le spectateur à être autre chose qu’un sujet qu’on a manipulé à loisir.

On pourrait supposer, à voir La Nuit claire, que Marcel Hanoun tient par-dessus tout au mythe d’Orphée, qui est le sujet en trompe l’œil de son film. On pourrait imaginer également que La Nuit claire est l’impossible rencontre d’un impossible amour. Illusion. Malentendu. Marcel Hanoun va au-delà des apparences. S’il emprunte le mythe d’Orphée, c’est plus comme traces et, plus encore, comme moule dont la fonction est de servir de garde-fou à la réalisation. Orphée est, selon les moments, un homme ou une femme, les dialogues s’évanouissent au profit d’une bande sonore électro-acoustique conçue par Jean-Paul Dupuis et les acteurs, les stigmates angéliques intemporels d’une vaste construction, qui n’est pas le jeu du hasard, mais le résultat palpable d’une pensée sur le cinéma dont Hanoun, depuis vingt-cinq ans, explore, de film en film, les sentiers encombrés par près d’un siècle de cinéma narratif.

Dans cet éclatement (de la narration, de la normalité, de notre imaginaire), le spectateur est appelé à recoller les morceaux d’un puzzle complexe fait d’un pullulement obstiné d’oppositions et de scissiparités (sérénité/angoisse, lenteur/rapidité) qui se malaxe, un peu à la manière de la musique d’un Terry Riley ou d’un Philip Glass, dans l’art de la répétition et de l'éternel recommencement.

(Gérard Courant, Cinéma 79, n° 245, mai 1979)



HOMMAGE À MARCEL HANOUN

Au risque de se répéter, il faut redire ici à quel point le cinéma de Gérard Courant constituera pour les historiens du futur une mine d'or incroyable. On le constate souvent trop tard, malheureusement lorsque qu'une personnalité finit par disparaître. Il y a peu, c'est encore vers Cinématon que je me suis tourné pour rendre hommage aux regrettés Philipe Bordier (et si on rééditait ses films, soit dit en passant ?) ou Bigas Luna. C'est en 1979 que Marcel Hanoun se fait filmer pour la mythique série de Courant : il y présente un visage paisible, fixant la caméra super 8 en profitant du soleil. A la fin du portrait, il sort un appareil photo et prend quelques clichés de son « filmeur ». (...)

Au moment de sa mort, Gérard Courant a poursuivi cet hommage avec trois films : un court-métrage où défile un montage d'images en Super 8 du tournage du Journal de Joseph M pendant que s'élève la déchirante chanson de Léo Ferré Avec le temps (In mémoriam Marcel Hanoun), une espèce de diaporama où le cinéaste illustre un texte qu'il avait consacré au film La nuit claire dans la revue Cinéma en 1979 (« La nuit claire » de Marcel Hanoun par Gérard Courant) et enfin, un carnet filmé au moment des Funérailles de Marcel Hanoun au Père Lachaise à Paris. (...)

Ainsi s'achève alors un chapitre du journal poétique de Gérard Courant : ces pages qu'il a consacrées à Marcel Hanoun, cinéaste singulier et novateur dont on finira bien un jour par redécouvrir l’œuvre...

(Docteur Orlof, Le Blog du Docteur Orlof, 17 mai 2013)



























 


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