image du film.BB X 20

Année : 2010. Durée : 1 H 21'

Fiche technique :
Réalisation, concept, montage, partition sonore : Gérard Courant (à partir de 20 films interprétés par Brigitte Bardot).
Production : Gérard Courant, Les Amis de Cinématon, Les Archives de l’Art Cinématonique, La Fondation Gérard Courant.
Diffusion : Les Amis de Cinématon.
Fabrication : janvier 2008 à juillet 2010 à Montreuil-sous-Bois (France).
Format : Vidéo.
Cadre : 1,33.
Procédé : Noir et blanc et Couleur.
Collection publique : BNF (Bibliothèque Nationale de France), Paris (France).
Première présentation publique : 8 novembre 2010, Microscope Gallery, New York (U.S.A.).
Principaux lieux de projection :
Microscope Gallery, New York (U.S.A.) 2010.

Présentation >>>

BB X 20 est la compression de 20 films interprétés par Brigitte Bardot entre 1952 et 1970. Chaque film, réduit de 25 fois sa durée initiale, dure aux alentours de 4 minutes.

BB X 20 est « compressé » à la manière d’une œuvre plastique d’Arman ou de César. Mais à la différence du travail de ces artistes qui compressaient des objets usuels, BB X 20 réduit des objets purement artistiques.

Le tour de force et le pari de BB X 20 a été de fabriquer une compression totale : dans cette anthologie consacrée à Brigitte Bardot, il ne manque pas un seul plan des films originaux !

(Gérard Courant)

BB X 20 is the compression of 20 films starring Brigitte Bardot, released between 1952 and 1970. Every film is reduced to 25 times the original length, resulting in approximately 4 minutes. BB X 20 is an absolutely complete compression: this anthology devoted to Brigitte Bardot doesn’t miss a single shot of the original films !

The work, presented in chronological order beginning with 1952, the year she first appeared on screen, slowly reveal the creation and transformation of Brigitte Bardot into an icon.

(Gérard Courant)

Liste des films compressés avec Brigitte Bardot

Manina, la fille sans voile (Willy Rozier, 1952)
Tradita (Mario Bonnard, 1954)
Doctor at Sea (Ralph Thomas, 1955)
Et Dieu créa la femme (Roger Vadim, 1956)
La Mariée est trop belle (Pierre Gaspard-Huit, 1956)
En cas de malheur (Claude Autant-Lara, 1957)
Voulez-vous danser avec moi ? (Michel Boisrond, 1959)
La Vérité (Henri-Georges Clouzot, 1960)
La Bride sur le cou (Roger Vadim, 1961)
Vie privée (Louis Malle, 1961)
Le Repos du guerrier (Roger Vadim, 1962)
Le Mépris (Jean-Luc Godard, 1963)
Une ravissante idiote (Édouard Molinaro, 1963)
Viva Maria (Louis Malle, 1965)
À coeur joie (Serge Bourguignon, 1966)
William Wilson, épisode de Histoires extraordinaires (Louis Malle, 1967)
Shalako (Edward Dmytryk, 1968)
Les Femmes (Jean Aurel, 1969)
L'Ours et la poupée (Michel Deville, 1970)
Boulevard du rhum (Robert Enrico, 1970)

Critique >>>

GÉRARD COURANT NE S'INTÉRESSE PLUS À L'OEUVRE MAIS À L'ARTISTE

Dans la série des Compressions, initiée en 1995, Gérard Courant ne s’intéresse plus à l’artiste mais à l’œuvre, qui devient un objet et un signe culturel au même titre que les produits de la société de consommation compressés par les Nouveaux Réalistes. Avec le sentiment d’appartenir à une cinéphilie en train de disparaître, qui a découvert le cinéma dans les années 1960 avant que ne déferle le flot d’images et de médias, quand il était encore possible d’en avoir une vision synthétique, il entend revisiter les classiques sous forme de digests, condensés, réduits, mais sans qu’il ne manque un seul plan.

Commencée en 1965 par Alphaville de Jean-Luc Godard, créé trente ans plus tôt, la série des Compressions se poursuit. (…) En isolant et en montrant bout à bout une image par seconde de film, Gérard Courant livre une compression de procédé rationnel et systématique, à contre-courant de la perception subjective du film par le spectateur, de « l’expérience esthétique ». La réduction (…) éloigne l’œuvre de la forme sous laquelle elle persiste dans les mémoires individuelle et collective, qui tendent à isoler quelques images iconiques comme autant de vignettes métonymiques (…) et à dilater la durée de certains passages pour en condenser d’autres. Mettant en évidence la structure de l’œuvre initiale, la compression, dépouillée de tout affect, la donne à voir autrement.

(Judith Revault d’Allonnes, catalogue Chefs-d’œuvre ?, Centre Pompidou-Metz, mai 2010)



LA QUINTESSENCE OU LES CLICHÉS ?

Amusant : grâce à Gérard Courant, je peux dire que j'ai vu l'essentiel des films tournés par Brigitte Bardot. En une heure et vingt-et-une minutes ! Le cinéaste a en effet eu l'idée, a priori saugrenue, de prendre vingt films de l'actrice et de les mettre bout à bout en accélérant vingt-cinq fois leur défilement. D'en faire une compression.

Le premier intérêt de l'objet obtenu est de donner une vue d'ensemble de la carrière relativement brève (1952-1973) de BB. Une nouvelle fois, on se convainc que cette actrice si importante n'aura finalement participé qu'à un seul très grand film. Si la liste qu'elle peut dresser contient des titres nullement négligeables (il faudrait sans doute revoir, notamment, Vie privée et l'épisode William Wilson tiré des Histoires extraordinaires, tous deux signés par Louis Malle), force est de constater que, hormis le sublime Godard, ces Autant-Lara, Clouzot, Malle et Deville-là ne sont pas les plus admirés au sein des filmographies de ces réalisateurs. Ce jugement général sur le parcours de Bardot, la vision de BB X 20 permet de le reformuler mais il ne peut être porté à partir du seul film de Courant.

En effet, il est impossible en le regardant d'apprécier la valeur véritable de chacun des longs métrages présentés, malgré le fait qu'ils le soient, après tout, de manière "complète". Dans la cavalcade survitaminée de l'image, redoublée par celle de la bande son (ne tentez pas l'expérience de cet incessant gazouillis sonore un soir de grande fatigue), ne sont décelables que les ambiances, les genres, les registres. Les récits, quant à eux, ne sont guère compréhensibles au-delà d'une trame très générale et si un style particulier peut être perçu, nous ne pouvons en juger ni l'efficacité, ni la pertinence. Bien sûr, les images du Mépris brillent toujours de leur éclat, conservé ici grâce à la prédilection de Godard pour les plans longs et les décors peu nombreux mais nous ne sommes pas sûrs que cette distinction ne soit pas faussée par notre connaissance du film. Ainsi, soumis à cette forme, La vérité de Clouzot vaut A cœur joie de Bourguignon, le western Shalako d'Edward Dmytryk devient intriguant, les comédies comme Doctor at sea de Ralph Thomas paraissent endiablées...

Dès lors, quels enseignements tire-t-on de ce flot irrépressible ? Une compression est une réalisaton produisant un objet autre, bien que les mêmes composants persistent. Le résultat est à la fois identique et différent. Dans le cas de BB X 20, on peut dire qu'en ressort la quintessence, ou bien les clichés. On remarque les constantes et ce sont bien celles qui ont fondé le mythe Bardot. Dès 1952, quasiment pas un seul film n'oublie de montrer ou de suggérer la nudité, ni de proposer une scène de danse, ni de culminer en une scène d'amour (accéléré par Gérard Courant, le ballet des hommes désirant Bardot devient réellement mécanique). Malgré la vitesse, toujours nous reconnaissons l'actrice, cela dès ses débuts (seule exception : Viva Maria, où on a parfois du mal à distinguer Brigitte Bardot de Jeanne Moreau, mais l'effet, accentué ici, était déjà recherché par Louis Malle). Que ce traitement radical n'entame en rien cette présence, voilà qui est révélateur de la puissance du mythe. L'expérience de Gérard Courant fonctionne parce que c'est Brigitte Bardot.

(Édouard Sivière, Nightswimming, 18 septembre 2012)



BB MOINS CONVAINCANTE QUE MARILYN

Pour faire écho à l’article d’Édouard de Nightswimming, je dirais que le même principe appliqué à une star plus française, Brigitte Bardot, m'a moins convaincu (N.B. : que Marilyn, le film sur Marilyn Monroe). BB x 20, réalisé en 2010 compresse 20 films de Manina, fille sans voile (1952) à Boulevard du Rhum (1971). Outre qu'il manque une partie des films (dommage pour Les pétroleuses (1971), il se trouve que je ne suis pas un grand amateur de La Bardot et qu'il ne me semble pas que son parcours puisse avoir la force symbolique de celui de Marilyn. Je connais aussi peu des films compressés, il n'y a donc pas l'effet de familiarité et certains passages me sont complètement obscurs. Surnagent le Scope du Mépris (1963) de JLG, inévitable, et quelques souvenirs de chez Vadim ou Dmytryck (aie). Restent aussi certaines scènes échevelées de Viva Maria (1965) de Louis Malle qui prennent à l'accélération un aspect expérimental assez bienvenu.

(Vincent Jourdan, Inisfree Hautetfort, 17 octobre 2012)



LA COMPRESSION APLANIT LES DIFFÉRENCES DE QUALITÉ ENTRE LES FILMS

De mon côté, je n'ai pas été gêné par le fait de ne pas connaître un bon nombre de films de BB. J'en ai été au contraire plus curieux et, de toute manière, comme je l'ai évoqué, il me semble que les différences de qualité s'aplanissent avec ce procédé, il n'y a plus vraiment les grands films d'un côté et les petits de l'autre. As-tu pensé à ça aussi devant la compression "Marylin" ?

(Édouard Sivière, Inisfree Hautetfort, 17 octobre 2012)

 


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