image du film.IN MEMORIAM DANIEL SCHMID WERNER SCHROETER (CARNET FILMÉ : 6 juin 2010 – 10 juin 2010)

Année : 2010. Durée : 1 H 12'

Fiche technique :
Réalisation, concept, son, montage : Gérard Courant.
Interprétation : Renato Berta, This Brunner, Ingrid Caven, Marcel Hoehn, Isabelle Huppert, Bulle Ogier, Serge Toubiana, Stefan Zweifel.
Production : Les Amis de Cinématon, Les Archives de l’Art Cinématonique, La Fondation Gérard Courant.
Diffusion : Les Amis de Cinématon.
Tournage : 6 et 10 juin 2010 à Paris (France).
Format : Vidéo Mini-DV.
Cadre : 4/3.
Procédé : Couleur et noir et blanc.
Collections publiques :
BNF (Bibliothèque Nationale de France), Paris (France).
Cinémathèque de Bourgogne-Jean Douchet, Dijon (France).
Sortie DVD : Avril 2012, éditions L’Harmattan, Paris (France).

Présentation >>>

Le cinéaste suisse Daniel Schmid est mort le 5 août 2006 et le cinéaste allemand Werner Schroeter le 12 avril 2010. Ils étaient très amis et furent avec Jean Eustache, Rainer Werner Fassbinder et Philippe Garrel les cinéastes les plus novateurs de l’après Nouvelle vague.

À l’occasion de la présentation le 6 juin 2010 au Centre Culturel Suisse de Paris du film Daniel Schmid le chat qui pense, réalisé par deux jeunes cinéastes helvétiques, Pascal Hofmann et Benny Jaberg, Gérard Courant a filmé la discussion qui s’en suivit et qui réunissait les comédiennes Ingrid Caven et Bulle Ogier, le directeur de la photo Renato Berta, le producteur Marcel Hoehn, l’écrivain Stefan Zweifel et le l’exploitant de salles This Brunner.

Le 10 juin 2010, la Cinémathèque française rendait hommage à Werner Schroeter avec la projection de son film Malina. Son interprète, Isabelle Huppert et le directeur de la Cinémathèque française, Serge Toubiana, ont lu chacun un texte sur l’auteur de La Mort de Maria Malibran et ces deux lectures furent également filmées par Gérard Courant.

Critique >>>

FANTÔMES ET VIVANTS

Même si je ne me souviens plus des termes exacts qu’il employait, Dominique Noguez prétendait que Gérard Courant filmait pour se donner des alibis. En cas de meurtre, l’auteur de Cinématon peut, effectivement, toujours prouver que le 15 août 2010, il se trouvait à Priay ou qu’il était à Lucca (en Italie) du 7 au 10 octobre de cette même année (mais après tout, ces scrupuleuses précisions ne sont-elles pas au fond, comme le suggère également Noguez, un moyen de préparer le crime parfait ? ).

Moins connu que les Cinématons, les Carnets filmés de Courant constituent un projet assez unique dans l’histoire du cinéma puisque notre « homme à la caméra » consigne scrupuleusement dans des longs-métrage (plus d’une centaine à ce jour) tout ce qu’il a pu filmer au cours de ses diverses pérégrinations. Ces archives soigneusement consignées finissent par dessiner les contours d’un impressionnant « journal intime » dont chaque page offre un aspect différent : un plan-séquence d’une heure dans les rues d’une ville (Promenade dans les lieux de mon enfance dijonnaise) peut voisiner avec un « simple » entretien (comme dans Vincent Nordon raconte Straub, Huillet, Pialat et Cinématon dont je vous parlerai prochainement) ou des films presque « domestiques » comme ces Carnet de printemps, carnet d’été où Courant filme notamment les discussions ayant eu lieu lors d’un festival de Super 8 à Orléans ou encore les à-côtés de l’inauguration du Centre Georges Pompidou à Metz.

Pourtant, malgré la variété des parti-pris esthétiques de ces films (plans-séquences, images accélérées ou ralenties voire en « négatif », surimpressions…) ; il se dégage de ces tranches de vie une véritable cohérence. Au risque de me répéter, il s’agit toujours pour Gérard Courant d’arracher à l’oubli et au temps qui passe des fragments du Réel.

C’est particulièrement frappant dans le film In memoriam Daniel Schmid Werner Schroeter que le cinéaste aurait pu intituler à la manière d’un ouvrage de Léon Daudet Fantômes et vivants. Comme son titre le laisse supposer, le film se compose de deux parties. Dans la première, Gérard Courant a enregistré au Centre culturel Suisse de Paris une discussion (le 6 juin 2010) réunissant des proches collaborateurs de l’auteur de La Paloma mort en 2006 (dont Ingrid Caven et Bulle Ogier). La seconde partie est un hommage rendu à Werner Schroeter par la Cinémathèque le 10 juin 2010. Courant a filmé l’intervention de Serge Toubiana et un texte écrit et lu par Isabelle Huppert qui tourna trois fois avec le cinéaste allemand mort cette année.

Ces simples « enregistrements » pourraient apparaître comme totalement anecdotiques même si, pour ma part, je trouve toujours intéressant de fixer des traces de ces rencontres et discussions qui ne peuvent qu’intéresser les historiens du futur. Mais ce qui donne encore plus de cohérence au projet, ce sont les diverses strates de temps que le cinéaste parvient à fixer.

Schmid et Schroeter, cinéastes aujourd’hui scandaleusement oubliés (même si Schroeter va être bientôt célébré, à juste titre, par la Cinémathèque) représentent la quintessence d’un art totalement libre et inventif qui s’épanouit à la fin des années 60 et durant les années 70. Il s’agit pour Courant de rendre hommage à cet art et de le faire « revivre » à l’écran le temps d’un film.

Cette époque, elle revit également sur les traits d’actrices qui en furent les plus merveilleuses icônes (même ce ne furent pas les seules). Il y a quelque chose de très émouvant à voir les visages vieillis mais toujours très beaux d’Ingrid Caven et Bulle Ogier et de les entendre parler de Daniel Schmid tout en convoquant les noms d’autres grands disparus (Fassbinder, Schroeter, Eustache). Enfin, il faut noter que Courant a connu Schmid (qu’il a filmé) et Schroeter (à qui il a consacré un livre). Du coup, il monte en surimpression la parole de Bulle Ogier, Renato Berta, Ingrid Caven et les autres avec le Cinématon (très beau) de Daniel Schmid et les interventions de Toubiana et Huppert avec des images de Eika Katappa de Schroeter).

Ce parti pris accentue la mélancolie de l’œuvre puisque les images d’aujourd’hui semblent hantées par celles d’hier. L’inverse est également vrai : ce sont alors les vivants qui prennent des allures de fantômes, comme c’est souvent le cas dans le cinéma de Gérard Courant qui persiste, vaille que vaille, à sauver de l’oubli les instants les plus anodins en apparence.

(Docteur Orlof, Le Blog du Docteur Orlof, 12 décembre 2010)

 


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