image du film.VINCENT NORDON RACONTE STRAUB, HUILLET, PIALAT ET CINÉMATON (CARNET FILMÉ : 18 janvier 2001)

Année : 2001. Durée : 59'

Fiche technique :
Réalisation, concept, image, montage : Gérard Courant.
Son : Jean-Daniel Bécache.
Production : Gérard Courant, Les Amis de Cinématons, Les Archives de l’Art Cinématonique, La Fondation Gérard Courant.
Interprétation : Tomoko Nordon, Vincent Nordon et les Cinématons (en entier et/ou en extrait) : Sandrine Bonnaire, Gérard Courant, Pascal Kané, Danièle Huillet, Maïte Maillé, Maurice Pialat, Jean-Marie Straub.
Diffusion : Les Amis de Cinématon.
Tournage : 18 janvier 2001 à Paris (France).
Format : Vidéo DVcam.
Cadre : 4/3.
Procédé : Couleur.
Collections publiques :
BNF (Bibliothèque Nationale de France), Paris (France).
Cinémathèque de Bourgogne-Jean Douchet, Dijon (France).
Sortie DVD : Éditions L’Harmattan, Paris (France), novembre 2012.


Présentation >>>

Vincent Nordon raconte Straub, Huillet, Pialat et Cinématon est une rencontre, qui eut lieu le 18 janvier 2001 à Paris, avec le cinéaste et écrivain Vincent Nordon. Dans ce film, ce dernier rapporte l’expérience du filmage de son Cinématon, réalisé le 17 juillet 1982, qui lui permit de faire une déclaration d’amour à la femme qu’il aimait au moment du tournage de ce film de Gérard Courant.

Vincent Nordon, qui fut à la fois l’assistant de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet dans les années 1970, puis de Maurice Pialat lors de la préparation de À nos amours, narre également ses rapports avec ces cinéastes. Surtout avec Maurice Pialat, lesquels furent orageux et se soldèrent par une rupture avant même que ne commence le film.

De cette rencontre avec ce cinéaste bourguignon qui fit ses classes à la Cinémathèque française d’Henri Langlois, se dégage une poésie et un franc-parler chers à ce personnage insolite et solitaire, également comparse de Marguerite Duras et de Jean-Luc Godard et grand amateur de musique.

Critique >>>

VINCENT N. PAR GÉRARD C.

Deux raisons m’ont poussé à vous parler à nouveau de Gérard Courant pour mon retour aux affaires courantes. D’abord, la lecture du captivant Eloge du cinéma expérimental de Dominique Noguez qui consacre de nombreuses pages à l’auteur de Cinématon et qui m’a donné (encore plus !) l’envie de dévorer les DVD qu’il me reste en attente (seulement 32 !).

Ensuite, parce que j’ai eu le plaisir de rencontrer la semaine dernière Vincent Nordon, le « héros » de ces deux Carnets filmés, cinéaste (on lui doit notamment un volet du film historique Guerres civiles en France et l’un des sketches de Paris vu par…20 ans après), critique et qui fut assistant des Straub et de Pialat.

Pour le dire d’une manière très schématique, les Carnets filmés de Courant sont un peu la continuation des Cinématons par d’autres moyens en ce sens qu’ils sont traversés par les mêmes obsessions : l’archivage à tout crin, le témoignage sur une époque et un milieu (celui du cinéma, du spectacle et de l’art au sens le plus large possible), le goût de la trace, du souvenir et de l’amitié… Il n’est pas rare que Courant consacre de longues parties de ses Carnets filmés aux personnes qu’il a par ailleurs « cinématonées » : Dominique Noguez et Alain Paucard apparaissent dans beaucoup de ses films tandis que Joseph Morder (Le Journal de Joseph M) ou Luc Moullet (L’homme des roubines : son cas est néanmoins particulier car il n’a pas tourné de Cinématon) bénéficièrent même des honneurs d’un film entier.

Vincent Nordon a tourné son Cinématon le 17 juillet 1982 alors qu’il était assistant de Maurice Pialat pendant la préparation d’À nos amours (leur relation houleuse se soldera par une rupture avant le tournage du film et c’est un jeune homme appelé à une certaine renommée qui le remplacera : Cyril Collard). Le souvenir de ce Cinématon, qui fut d’ailleurs pour Nordon l’occasion de déclarer son amour à sa compagne de l’époque, devient prétexte à une évocation savoureuse (avec son franc-parler et son goût des mots, Nordon est un conteur épatant) de Maurice Pialat (qui fut, lui aussi, cinématoné le jour même) et de ses colères homériques, de Sandrine Bonnaire puis, par association, des époux Straub dont il fut l’assistant.

10 ans plus tard (ou presque), Gérard Courant se rend à Selongey (Côte d’or) pour reprendre sa conversation avec Vincent Nordon. Dans Vincent Nordon vous salue bien, il sera question cette fois de l’ouvrage qu’il projette d’écrire sur Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (intitulé Les Huillet), de ses souvenirs d’assistant, de la tombe de Mizoguchi, de la Bourgogne et des années passées à la Cinémathèque de Langlois. Comme dans le premier film où Nordon ne ménageait ni Truffaut, ni Collard (« un gnangnan »), la teneur de ce nouvel entretien est à mille lieues de la langue de bois et certains en prennent pour leur grade. Mais au-delà de l’aspect parfois un peu polémique des propos, c’est l’évocation de toute une époque du cinéma qui passionne dans ce long dialogue (le mot n’est pas impropre car Courant intervient souvent hors champ) hanté par les fantômes de Jean Eustache et Jean-François Adam, de Danièle Huillet et de Jean Cocteau. Comme dans les Cinématons, Courant fait le portrait des autres pour mieux parler de lui, des cinémas qu’il a lui-même fréquenté, des actrices qu’il a aussi admiré (belle évocation de la relation Godard/Karina) et d’une époque où tout semblait possible pour les cinéastes (mais où peut-on voir aujourd’hui les films de Robert Lapoujade, de Jackie Raynal, de Marcel Hanoun, de Philipe Bordier, de Téo Hernandez ou même les premiers Morder et Garrel ?). C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison que défilent souvent, en surimpression, les Cinématons consacrés aux personnalités évoquées (Pialat, Straub, Huillet, Nordon, les deux tournés par Bonnaire), comme les traces indélébiles d’un passé enfoui.

Les deux films vus à la suite permettent également de constater que Nordon se contredit parfois. En 2001, il affirme que Danièle Huillet n’est rien sans Jean-Marie Straub alors qu’en 2010, il va jusqu’à prétendre que 90% des films du couple sont l’œuvre de Danièle Huillet. Même si ses affirmations me paraissent un peu exagérées (je me permets de le dire après avoir vu le dernier coffret DVD consacré aux cinéastes où l’on constate l’importance que Jean-Marie Straub accordait, notamment, à la direction d’acteurs et au cadre), elles ont le mérite de redonner une place importante à une Danièle Huillet souvent négligée par les thuriféraires du couple (il faut voir la minutie avec laquelle elle s’occupe du montage de Sicilia ! dans Où gît votre sourire enfoui ? de Pedro Costa).

Personnage haut en couleurs, Vincent Nordon fait parfois preuve d’une certaine mauvaise foi (mais qui n’en possède pas une certaine dose ?) mais son franc-parler se révèle au bout du compte parfaitement réjouissant. D’autant plus que cette parole est un précieux témoignage sur une certaine époque du cinéma et qu’elle permet à Gérard Courant d’étoffer un peu plus ses incroyables archives cinématographiques…

PS : Vincent Nordon tient régulièrement une sorte de petit « journal » sur le site de la Cinémathèque de Bourgogne- Jean Douchet. C’est à lire ici.

En bonus : Le magnifique (et célébrissime) Cinématon de Sandrine Bonnaire tourné ce même 17 juillet 1982. L’actrice (qui n’en était pas encore une !) est magnifique de naturel et de fraîcheur.

(Docteur Orlof, Le blog du docteur Orlof, 30 décembre 2010)

 


gerardcourant.com © 2007 – 2017 Gérard Courant. Tous droits réservés.