image du film.LA MORT N’EST PAS UNE SOLUTION

Année : 2010. Durée : 1 H 07'

Fiche technique :
Réalisation, scénario, image, montage : Gérard Courant.
Musique : Variations à partir de l’œuvre musicale de Philip Glass.
Interprétation : Les habitants du quartier du canal Saint-Martin à Paris (France).
Production : Gérard Courant, Les Amis de Cinématon, Les Archives de l’Art Cinématonique, La Fondation Gérard Courant.
Diffusion : Les Amis de Cinématon.
Tournage : Quartier du canal Saint-Martin à Paris (France).
Fabrication : Février 2010 à Montreuil (France), à partir de Vivre est une solution (tourné en 1980).
Format : Vidéo (à partir de Super 8 mm).
Pellicule : Agfacolor.
Procédé : Couleur.
Cadre : 4/3.
Collection publique : BNF (Bibliothèque Nationale de France), Paris (France).

Présentation >>>

Vivre est une solution, filmé en novembre 1980, était le résultat d’une rencontre avec l’un des derniers quartiers populaires de Paris : le canal Saint-Martin, situé dans les Xème et XIème arrondissements de Paris.

Vivre est une solution était une observation à la fois rigoureuse et poétique de cet espace en partie préservé dont les fantômes d’Arletty et Marcel Carné d’Hôtel du Nord hantaient encore les lieux au moment du tournage.

La Mort n’est pas une solution, conçu en 2010, est une variation de Vivre est une solution, filmé près de 30 ans plus tôt.

Ce ciné-poème, version 2010, reprend la deuxième partie de Vivre est une solution, entièrement tournée image par image – le rythme du film était donc accéléré – dont la durée avoisinait les 30 minutes.

À partir de cette demi-heure de Vivre est une solution version 1980, j’ai recréé en 2010 cette nouvelle version en modifiant le rythme du film, en le ralentissant et en le décomposant pour essayer de trouver un mouvement plus fluide et plus souple. Cette opération, qui aurait pu nous rapprocher d’un certain réalisme, permet au contraire à La Mort n’est pas une solution de créer un mouvement et un rythme plus artificiels et plus irréels et de nous entraîner vers plus de poésie et de nostalgie.

(Gérard Courant).

Critique >>>

UN FILM DE SCIENCE-FICTION QUI DATERAIT DU TEMPS DU MUET

À l'origine, les plans qui constituent ce film ne sont que des vues documentaires du quartier populaire parisien du canal Saint-Martin. Ces vues, plus ou moins longues, sont assemblées, mises bout à bout dirait-on, sans que soit réellement dessinée une ligne narrative.

Mais bien sûr, l'affaire est bien plus complexe. La mort n'est pas une solution date de 2010 alors qu'il a été tourné en 1980. Il est en fait la reprise de la deuxième partie de Vivre est une solution, œuvre pour laquelle Gérard Courant arpentait les lieux, encore hantés par le fantôme d'Arletty (depuis l'Hôtel du Nord de Carné). Les images prises une à une en Super 8 qui, accélérées, donnaient alors un métrage de trente minutes ont été ralenties pour atteindre une nouvelle durée de plus d'une heure.

De par son statut documentaire, La mort n'est pas une solution nous dit-il quelque chose sur 1980 (ou 2010) ? Au-delà de quelques signes caractéristiques comme les voitures ou les vêtements des passants, pas vraiment. Ce n'est pas un défaut car tel n'est pas son but. Évidemment, la dimension "archiviste" du cinéma de Courant se retrouve dans cette entreprise mais celle-ci tend à toucher autre chose (sinon, quel serait l'intérêt d'une telle reprise ?). A quoi pense-t-on, à vrai dire, devant cet essai ? A un film de science-fiction qui daterait du temps du cinéma muet... Ces images d'où ne provient aucun son, avançant par saccades et baignant dans des couleurs étranges, proches d'un effet pochoir, donnent l'impression d'avoir affaire à une œuvre retrouvée et que l'on aurait restauré, l'accompagnant d'une musique de Philip Glass qui accentue encore sa singularité. Sa difficulté aussi, car la répétition des effets et l'absence de procédé narratif mettent à rude épreuve le spectateur. L'esprit peut en effet vagabonder de temps à autre. Heureusement, l'originalité esthétique, les accidents du réel (des passants, des amis qui conversent), les belles compositions plastiques et, comme dans Un monde nouveau, la sensation des différents mouvements secouant incessamment la ville (ici, piétons et véhicules cohabitent) nous font tenir vaille que vaille.

La mort n'est pas une solution est comme un jeu (ardu) d'archéologie qui rendrait impossible une véritable datation. L'intemporalité du lieu (ce canal préservé) s'y prête bien. Il est dès lors assez piquant d'observer Gérard Courant expérimenter "hors du temps", lui qui aime tant, d'ordinaire, à travers sa caméra, fixer et dater.

(Édouard Sivière, Nightswimming, 18 septembre 2012)



POÉSIE ET NOSTALGIE

La Mort n’est pas une solution, conçu en 2010, est une variation de Vivre est une solution filmé près de 30 ans plus tôt. Ce ciné-poème, reprend la deuxième partie de Vivre est une solution, entièrement tourné image par image. Gérard Courant dans cette nouvelle version en modifiant le rythme du film, « en le ralentissant et en le décomposant pour essayer de trouver un mouvement plus fluide et plus souple ». Le rythme est ainsi davantage artificiel, créant une atmosphère irréelle nous entraînant dans plus de poésie et de nostalgie. Grâce à son statut documentaire, La Mort n'est pas une solution nous raconte quelque chose sur une époque ou plus justement sur deux époques, à la fois 1980 (date à laquelle les images sont tournées) et 2010 (date de réalisation). L’intemporalité du lieu (le canal Saint-Martin) se prête parfaitement à l’instabilité du temps, il est intéressant de voir qu’ici Gérard Courant expérimente un cinéma « hors du temps », lui qui habituellement aime fixer et dater le temps à travers sa caméra. Le grain des images, laisse penser à une découverte d’un film des temps passés, une nouvelle fois le spectateur est balancé d’un temps à l’autre.

Les expériences que le cinéaste nous donne à voir et à vivre montrent que la représentation de la figure du cinéaste, parfois représentée par le prisme d’autres personnes devient un prétexte à l’expérimentation filmique. La matière du visage se fond dans la matière de l’image. Ce renversement de matière n’est possible que par les déplacements successifs d’un filmage à un autre. Le cinéma, chez Gérard Courant est abordé à la fois en tant que pratique, et en tant que média. Le cinéaste met en scène le cinéma en interrogeant, le support, le contenu et le principe même du cinématographe. Il y a une remise en question du cinéma par le cinéaste lui-même. Il semblerait que dans la démarche qu’entreprend Gérard Courant, qu’il y ait une volonté de tracer, de reconstruire une histoire des formes, des mouvements mais aussi du cinéma. Tout cela place le cinéma de Gérard Courant dans une sphère particulière où cohabitent et interagissent différents genres cinématographiques mais aussi différentes formes artistiques. L’Œuvre de Gérard Courant est à la fois un récit de vie, un journal filmé, une autofiction, un autoportrait, la discontinuité du travail du cinéaste constitue paradoxalement la construction de son Œuvre.

(Estelle Pajot, L’oeuvre filmée de Gérard Courant, Université de Bourgogne, UFR Sciences Humaines et Sociales, Département Histoire de l’Art et Archéologie, sous la direction d’Isabelle Marinone, 2014)


 


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